J'ai vu les petits murets, couches successives de pierres sèches. Cette même pierre dont sont faites les maisons, par ici. Des maisons aux toits qui descendent si bas qu'ils pourraient toucher le sol; à la manière des enfants qui l'hiver venu, enfoncent leurs bonnets jusqu'aux oreilles.
J'ai vu ces murets, trop bas pour dissuader les étrangers. Peut-être sont-ils des ornements, ou simplement une limite, à la manière d'un bocage, entre ces carrés, verts et tondus d'hier.
J'ai vu sur ces prés, des brebis et des chevaux.
J'ai vu, aux devantures des maisons, les tonnelles couvertes de vignes sauvages. Et sous ces abris naturels, des fauteuils en rotin, une table basse; le chat qui ronronne sur un coussin, 2 tasses, une théière fumante. Sur la table, aussi, une faïence de Moustiers, dedans quelques branches sèches d'herbe aux écus.
Plus loin, j'ai vu un noyer au tronc noueux. L'arbre, plusieurs fois séculaires, ombrage une petite place, de ses multiples rameaux et caresse un banc public. Des pigeons font les cents pas et picorent les graviers. Des moineaux s'ébrouent dans la vasque d'une fontaine.
J'ai vu les petites rues qui montent et qui descendent, en lacets, traversant, à leur guise, la petite ville. Elles ont certainement décidé, elles-mêmes, de leur tracé, aucun ingénieur des Ponts-et-Chaussées n'en aurait dessiné un identique, si peu respectueux de la logique urbaine.
J'ai vu, à perte de vue, les monts et les vaux, tel un chemin de ronde, érigé par la nature, tout autour de la petite ville.
J'ai vu une marchande de pains, une boutique aux rideaux fanés, dans une façade tout en bois; à côté, j'ai vu un petit bureau de poste, avec une seule porte, une seule fenêtre et sans doute un seul employé pour un seul guichet.
Puis j'ai vu un panneau, rectangle, barré de rouge, dessus, il y avait un nom en bleu. Ce panneau sonnait la fin de mon voyage à travers un autre univers. Un univers plus lent, de ces lieux où l'on a pas besoin de se retourner pour retrouver son passé, parce que j'ai vu un endroit qui existe par ses racines mêmes.
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