Toutes les villes américaines sont plus belles la nuit; lorsque mille lumières éclairent les rues, les gratte-ciel.
Fort de cette évidence, deux jours après mon arrivée, je décidai d’attendre l’obscurité, et de regarder s’allumer un à un les néons, chaque fenêtre de chaque immeuble. Un peu comme quelqu’un qui rentre chez lui, le soir venu, allant de pièce en pièce, et allume tout sur son passage.
Mes hôtes étaient prévenus, je pouvais donc attendre le spectacle !
Comme il n’était que 16H et que raisonnablement, il ne fallait pas compter sur la nuit avant au moins deux bonnes heures, je choisis de bouger, car Boston en mars est plutôt frais… Je me décidai pour Quincy Market et son allée de fast food .
Ce fut un véritable festival d’odeurs ; je croisais des gens mordant qui dans un panini, qui dans un kebab, qui dans une pita, qui un énorme bujito, en fait c’était un véritable voyage dans le monde.
Je finis par céder à la tentation ; mon choix ? Panini, of course…
Enfin, vers 18H40, une nuit épaisse, obscure, commença à prendre la ville dans ses bras. Plus besoin de s’occuper, la magie opère ; assis sur un banc, au centre d’une petite place, pavée, j’emmagasine.
Après un très long moment de contemplation, je décidai d’aller plus haut ; direction le 60ième étage de la Hancock Tower.
Encore plus féerique, une vue exceptionnelle, sur Black Bay et le Financial District, tous les édifices coloniaux. Derrière les larges baies vitrées, je suis comme un enfant au soir de noël, devant une vitrine de jouets.
Empli de tous ces points lumineux, qui dansent encore devant mes yeux, mon objectif complètement atteint, je descends, il faut penser au retour.
Les amis qui m’hébergeaient, étaient en banlieue ; le programme de retour s’articulait donc autour du métro jusqu’au terminus, d’un bus jusqu’au terminus et enfin d’une petite marche de 10mn.
C’était le week-end, et le métro est quasiment désert ; hormis deux jeunes dont l’un portait sur son épaule un sound machine qui crachait du beat. Pour la direction, une fois choisie la bonne couleur (celle de votre ligne)c’est simple, en gros, il y en a deux : down town, pour aller vers la ville et up town pour en sortir !
Le métro de Boston est le plus ancien du pays, et malgré son évolution continue au cours du 20ième siècle, je dois avouer que ce soir là, il faisait son âge. En particulier le bruit, qui était infernal.
Environ 20Km, un défilé d’une vingtaine d’arrêts, la demi heure, du trajet, me parut une éternité. A l’arrivée, première surprise :le dernier bus venait de quitter la gare routière depuis 3mn ; hé oui, le week-end, ils sont moins nombreux. Pourtant, rien n’était encore dramatique ; une autre ligne, avec un départ à venir, pouvait me laisser, non pas à 10mn de marche et à l’endroit initialement prévu, mais ailleurs à 30mn. Après une longue et difficile réflexion, j’optai pour ce bus, dernier et surtout seul choix. Départ dans 20mn, il fait un froid terrible sous le hall ouvert aux quatre vents.
Le moment du départ arriva enfin ; je faisais des efforts pour reconnaître quelque chose dehors ; peine perdue, et je le savais bien, il s’agissait d’un chemin différent de celui de l’aller, que je ne connaissais absolument pas. Quand le chauffeur me laissa au terminus, ce fut avec une indication, ô combien précieuse : « Droit devant… », accompagnée d’un signe de la main.
Ainsi, par –6°, je commençais à avancer « droit devant ». J’avais vraiment très froid, mes pieds et mes mains gelés me faisaient même souffrir, j’avais faim et comble ultime, je ne voyais rien du tout de familier.
En fait, sans le stress et le froid qui m’ôtaient toute lucidité, je me serais rendu à l’évidence ; je ne connaissais que la maison de mes amis, et à moins de tomber dessus, par hasard, il y avait très peu de chance que je réussisse à me guider. Je dois ajouter, comme un aveu douloureux, mon sens de l’orientation n’est pas du niveau d’un GPS !
Je constatai, sur ma montre, que je marchais depuis 1 heure ; bien sûr, j’avais bien vu le panneau annonçant l’entrée dans la ville où habitaient mes amis, mais rien à faire, je ne me retrouvais pas.
Une vraie panique commençait à me gagner, plus de rage que de peur, mais tout de même…
Puis une lumière au bout du tunnel… un commissariat ! 3 secondes d’hésitation, et j’entrai. Un côté du mur du hall d’entrée, était tapissé de photos d’identité judiciaire, des types recherchés, et tout au-dessus des photos, une inscription qui m’a frappé : « WARNING FBI ». Comme un défi, le mur en face, portait les photos de policiers en uniformes, les hommes de ce commissariat, me suis-je dit.
Je poussai une seconde porte, de bois, la figure rouge, l’air ahuri ou effrayé, ou les deux, mais mon entrée, et mon accent m’ont valu quelques sourires. Lorsque j’en arrivai au fond de mon discours, après une grande application dans les formules d’introduction et de politesse d’usage, les sourires devinrent rires, voire éclats de rires. Je venais de dire : « je suis perdu ».
Un agent me proposa de raconter toute mon histoire, tant bien que mal, j’y parvins, donnant même le nom et les coordonnées de mes amis. Comme je me relâchai, je n’ai pas compris ce qu’il hurlait en direction des bureaux, au fond. Un homme arriva, il mettait sa matraque à sa ceinture et ferma jusqu’au dernier bouton sa redingote, puis il me pria de le suivre. En fait, il me ramenait à bon port.
Durant mon séjour, je m’étais fixé quelques objectifs de capture d’images :un truck, un gratte-ciel et une voiture de police. En montant à l’arrière de l’une d’elle, j’allais réaliser, au delà de mon attente, une de ces photos « obligatoires ». Je fus invité à monter à l’arrière ; évidemment, l’avant est interdit aux passagers de voitures de police, il est réservé aux agents.
Là encore, surprise de taille : une grille de fer, sépare l’avant de l’arrière ; de celle que les méchants détruisent avec les pieds, pour frapper le policier qui conduit dans tous les films américains.
Je terminai ma première sortie de nuit, ramené par les forces de l’ordre.