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Il faut savoir lire et surtout accepter les messages que nous envoient le doute ou la peur. Raconter encore et encore, comme une thérapie.

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A l'abri sous un saule chap 7: L'année de tous les dangers

 

Il y avait ce film, « l'Année de tous les dangers », nous étions allés le voir au cinéma Le Paradis. Je cois que cette expression caractérise parfaitement bien cette année de terminale, je ne l'oublierais jamais.

Il restait, à peine, une année pour atteindre ce qui était encore, en ce temps là, un précieux sésame.

Cela fait environ une dizaine de jours, depuis l'altercation entre David et Norbert, que la bande, au complet, ne s'est plus retrouvée réunie! Je savais que nos routes n'étaient plus parallèles, que contraints ou libres, chacun avait fait des choix, depuis nos 10 ans.

La soirée est tiède dans ces derniers jours d'août; sans nous être concertés, pour des motifs différents, nous nous retrouvons tous au pied du 16!

Avec Sabrina, nous accompagnions Norbert, à nouveau libre depuis peu, qui voulait respirer, comme il disait; Rachid nous ayant aperçu de son balcon, est descendu nous rejoindre; quant à David, il revenait du centre ville. Je ne sais pas pour les autres, mais je suis quelque peu mal à l'aise. Je ne peux plus croiser les yeux de David sans avoir envie de lui foutre des coups de pieds au cul. Puis, il y a l'esprit de Marco qui s'invite et planne comme une traînée de souffre, je m'attendais à chaque instant à voir les flammes de l'enfer. C'est David qui a parlé le premier:

-  « Salut Sab, tu vas bien ma belle? »

  • « Ho, David, et toi, on te voit plus! »

  • « Bah, ici, là, jamais très loin; business, business, j'suis pas mal occupé. Eh, Norb, pardon pour l'autre soir, je délirais.»

  • « T'en fais pas, poulet, je sais même plus de quoi tu parles. »

David maintenant, est planté en face de moi, au pied des marches, il nous regarde avec insistance, Sabrina et moi.

  • « Regarde-moi ces deux, hein les mecs, on a toujours su, même avant eux! Sabrina, t'as pas envie d'un vrai mec? Comment vous allez, tous les 2? » Disant cela, il nous attrape tous les 2 dans ses bras.

Rachid a un air approbateur et satisfait, Norbert ricane.

L'instant court, de cette soirée, nous avons retrouvé nos heures d'antan, passées à refaire le monde, on a finit sur le tourniquet; il aura fallu les cris de Mr Cellini qui voulait dormir et que nos rires idiots dérangeaient.

Norbert, qui reprend, petit à petit, la sensation d'un espace sans murs, dit qu'il est fatigué; Sabrina, elle aussi, veut monter se coucher. Alors chacun regagne son chez soi. David choisit ce moment pour me tendre une bague qu'il venait de retirer d'un de ses doigts. De couleur argent, elle portait l'inscription « Carpe Diem », il me dit en me la donnant : « prends, même si on passe un long moment sans se voir, tu m'oublieras pas. C'est du latin, ça veut dire un truc du genre: faut profiter, enfin je crois. Mais bon on s'en fout de ce que c'est! C'est juste moi qui te la donne.»

Son visage disparaît avec les portes de l'ascenseur qui se ferment, je tiens cette bague, que je tourne et retourne machinalement dans ma main; je sais bien, je sens qu'un truc s'est passé, mais je regarde le sourire de Sabrina, et je ne décode rien !

L'heure de la rentrée arrive, c'est l'année du bac; il est interdit de craquer maintenant. Les grilles s’ouvrent enfin, libérant un flot bruyant qui nous entraîne vers les panneaux d’information orientant les élèves vers leurs salles respectives. Nous commençons ce qui devrait être notre dernière année et je prends connaissance, comme pour la première fois, de ce sacré bon vieux lycée!

Les salles et même les bâtiments sont plutôt anciens, les bureaux marqués à jamais du passage de plusieurs générations d’élèves. A cette époque deux grandes familles de mode se disputent les faveurs de la jeunesse : les baba cool et les disco. La panoplie des premiers est constituée de jeans Levis’ serrés, usés, vieillis et droits, de chemises blanches, grandes, exhumées des greniers de grands-parents, de vestes matelassées « style inde » achetée chez Exo, de Camarguaises aux pieds, de foulards de baroudeur du désert à la manière des aventuriers, des vrais, ceux du Paris Dakar ; enfin de besaces de G I en toile kaki, en guise de cartable, taggée à mort. Il y a aussi les parfums patchoulis ou ambre. Du côté de la musique, il faut écouter Genesis, les Pink Floyd, Deep Purple, The Police, AC/DC, The Doors, Led Zep. Et si on possède une moto, c’est à coup sûr une XT 500 Yam. Les « disco » eux, portent des Collèges aux pieds et écoutent Saturday night fever en boucle, et pense que c'est dans Supernature que l'on entend le plus grand moment de toute l'histoire de la batterie! Kenny Clark pardonne-leur, ils ne savent pas...

Et surtout, il y a le foyer ! Situé dans l’aile la plus reculée des bâtiments, ce local complètement réservé et géré par les élèves a un air de liberté absolue. On y joue aux cartes, on y fait de la musique et on flirte ; pas de pions ni de profs, aucune autorité adulte, c’est la maison bleue, oui on y fume aussi…

Rachid et Sabrina recommence leur compétition à coups d'équations, et moi je commence à ouvrir un peu plus de livres.

L'heure des grands choix sonne avec cette année de bac; cette fois, il faudra vraiment savoir.

Je suis quasiment certain pour Rachid, nous en avons parlé tant de fois, il compte poursuivre dans une voie scientifique. Plutôt un parcours universitaire, un doctorat au bout. Pour David, je ne suis sûr de rien, sinon qu'il ne doit pas, en ce moment, se préoccuper beaucoup de son avenir. De toute façon, ses absences répétées, les résultats liés, ne lui laissent aucune perspective ni d'obtenir son bac, ni de continuer après.

Je sais que Sabrina, depuis longtemps, a décidé de faire une école d'infirmières; elle a tout prévu ! Ce diplôme, en plus de son BAFA, lui permettront de s'occuper d'enfants.

Et moi? Allongé, dans l'herbe, prés du foyer, je regarde, à m'en faire pleurer les yeux, le ciel bleu. Sabrina a posé sa tête sur moi, nous ne parlons pas, nous sommes simplement là, à profiter d'une heure de permanence. Je suis si bien, et je le dis à Sabrina :

- « Tu sais, je crois que je suis si bien, si heureux, que mon coeur va exploser de joie. »

Quand soudain, venant de la ville lointaine, une explosion retentit, couvrant le dernier mot de ma phrase. Je ne peux pas dire que j'y ai vu la main d'un quelconque dieu, mais un signe du destin, une réponse à mes interrogations, oui!

Alors j'ai pris la main de Sabrina, et je lui ai demandé si elle voulait bien qu'on se marie. Je savais ce que j'avais envie de faire, de vivre. Immédiatement, et sans la laisser reprendre ses esprits, ni même répondre, je le lui dis; je vais préparer un BAFD, ainsi nous pourrons, si c'est ton voeu le plus cher, donner de nous mêmes, à des enfants.

Quand, enfin, je consens à arrêter la course de mon cerveau et à poser les yeux sur Sabrina, je vois une larme sur sa joue et sa tête qui balance horizontalement. Elle prend mon visage entre ses mains et m'embrasse.

C'est, forts de nos projets, que nous reprenons les cours. Les semaines passent, la fin du premier trimestre s'annonce, parfois les journées me semblent monotones, les soirées aussi; tout a changé, notre bande n'existe plus, mon frère est inactif, il n'ose plus aller vers le monde extérieur, ne cherche pas à réintégrer la société. Je suis en colère, je ne peux rien pour l'aider. Ce n'est pas qu'il ait l'air malheureux, il n'a pas d'envie, de demain, c'est tout. Parfois, nous parlons du Blond, c'est encore un des rares sujets qui l'enthousiasme un tant soit peu. Il est triste pour lui, mais il dit aussi que c'est ainsi, que l'on peut pas sauver les gens d'eux-mêmes.

Heureusement, tous les matins je me réveille et ma première pensée est pour Sabrina. Je m'accroche à cette réalité, pleine de promesses plus belles que l'univers qui m'entoure.

Ma mère ne pleure plus, mais elle s'est fait un devoir quasi mystique de donner toute son attention à Norbert; sans doute un sentiment de culpabilité! Sentiment qu'il doit, lui aussi, ressentir, car il accepte ce débordement, ce trop plein, sans broncher, sans doute pour ne pas la peiner.

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