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Il faut savoir lire et surtout accepter les messages que nous envoient le doute ou la peur. Raconter encore et encore, comme une thérapie.

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Je n'ai fait que mon métier d'Homme!

« Je soussigné, David Berg, certifie les faits suivants » :
 
Je me souviens de ce soir là ; à cette époque, quand on frappait à une porte, l’ensemble de la maisonnée sursautait. En fait, il y avait 3 manières de frapper ; l’une violente, l’autre aussi faible qu’un chuchotement, et elles amenaient à coup sûr les ennuis ! La troisième, elle, normale, n’avait plus guère cours ces temps derniers.
Mon père avait très certainement compris immédiatement la situation, il pria vivement le visiteur d’entrer au plus vite et referma derrière lui, la porte.
Nous étions au milieu du repas, j’entendais le bruit d’une discussion, venant du corridor, entre mon père et quelqu’un d’autre que je ne pouvais voir. Ma mère me priât de me retourner et de m’asseoir correctement sur ma chaise. En m’exécutant, je m’apprêtais à poser mille questions à ma mère, quand je lus ,dans ces yeux, une forte peur. Au même moment, notre porte d’entrée, se refermait ; ne tenant plus, je courus jusqu’au corridor. Mon père était accroupi, penché vers un enfant. J’entendais sa douce voix, ses paroles réconfortantes, l’enfant, lui, était immobile, tête baissée sur ses pieds. Il portait un grand manteau noir et une casquette, enfoncée profondément.
Je ne pus retenir un petit cri, qui lui fit soulever son visage ; nos regards se croisèrent, pour la première fois.
Ma mère qui m’avait emboîté le pas, débarrassa l’enfant de sa pelure et entraîna tout le monde vers le salon et la table du dîner. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, elle avait dressé un couvert, servi de la soupe chaude, coupé un morceau de pain dur, et installé l’enfant devant. Elle me recommanda sagesse et calme, puis se mit à l’écart avec mon père. Ils chuchotèrent un bon moment avant de revenir. L’enfant n’avait pas bougé d ‘un centimètre, n’avait touché à rien ; moi je ne le quittais pas des yeux !
Je l’invitais à manger, ce qu’il fit sans plus attendre ; je lui demandais son nom, entre 2 cuillères, il répondit, hésitant sur le début, puis se reprenant aussi tôt : André…
Chacun de nos trajets, pour aller à l’école, se faisait au pas de course ; mon père nous recommandait de ne pas traîner. Le directeur, la maîtresse, en fait toute l’école publique du village, avait accueilli sans question, l’enfant; ce cousin orphelin de mère et dont le père était au front !
Papa avait descendu du grenier, un vieux lit, et l’avait installé dans ma chambre ; notre maison n’était pas bien grande, l’enfant et moi, dormions dans la même pièce. Malgré cette promiscuité, les premiers temps, je parlais, posais beaucoup de questions, et l’enfant me répondait quelquefois, au gré de mes reprises de souffle. J’étais plutôt heureuse d’avoir un camarade avec qui jouer, partager mes peurs, quelqu’un pour mettre de la couleur dans mes dessins.
Je ne savais pas, que ses dessins étaient encore plus noirs que les miens !
Nous faisions nos devoirs ensemble, ma mère nous lavait dans le même baquet, en même temps.
Certaines nuits, on entendait les moteurs diesels, le cliquetis de chenilles, surtout au pied de la petite côte du calvaire; la maison toute entière paraissait trembler, mais aussi mes jambes.
Ces mêmes nuits, à chaque fois, j’étais réveillée par un chuchotement ; je me retournais, sans bruit, dans mon lit, et je voyais l’enfant à genoux devant son lit, un drôle de petit chapeau rond sur la tête, marmonnant de façon totalement incompréhensible pour moi. C’est au cours d’une de ces nuits, qu’il se retournât brusquement, et que nos regards se croisèrent pour la seconde fois. Pourtant, aucun de nous ne parlât, chacun se retournant vers son mur et remontant les draps le plus haut possible.
Des mois ont passé, avant qu’une nuit, la même scène se reproduise ; cette fois j’osais poser des questions. Cette nuit là, j’appris que mes parents ne m’avaient pas vraiment dit la vérité, que ce que je voyais certaines nuits était une prière en hébreu, que son drôle de chapeau était une kippa et que l’enfant s’appelait Elie.
 
         -" Honorables membres de cet institut, ce que vous venez d’entendre, est un extrait du journal intime de ma mère ; la petite fille qui a vu débarquer chez elle, au cours d’un dîner, l’enfant. Elie, en réalité, mon père.
J’ai pratiquement du lui arracher ce journal, tant il est précieux à son cœur, aujourd’hui encore !
C’est en toute confiance, que je le dépose avec les autres pièces dans le dossier que je vous remets.
Mes parents ne se sont véritablement ouverts à moi, au sujet de notre passé, que très récemment ; l’histoire qui m’accompagnait jusqu’alors, était plus romanesque. Ils ne voulaient pas que j’entreprenne cette démarche, ils ne comprennent pas ce qui est extraordinaire dans la vie de mes grands-parents. Eux, continuent de penser que Marie Curie était, elle, une femme extraordinaire !
Mais moi, je suis fier de mes grands-parents, fier de ce qu’ils ont accompli. Grâce à leur geste, j’ai un père merveilleux, pour ça je les aime et les honore ; et je veux leur nom sur la colline du souvenir. Parce que je veux continuer à croire que la justice et ses serviteurs ont raison ; parce que je veux enseigner ces valeurs à mes enfants quand le moment viendra.
Je vous remercie, très humblement et très sincèrement de l’écoute que vous avez bien voulu m’accorder. "
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