19H, Bernard, JC et la quasi totalité de l’entreprise, débarquent enfin ! Après quelques 8H de vol, une seule obsession : fumer une clope. Jean-Claude passe la porte automatique n°4, la moiteur de l’air ambiant lui tombe dessus ; il doit faire 29°, hier encore, il se gelait à Paris. La première bouffée l’enivre, sa tête tourne et il sent ses jambes qui le lâchent. Bernard l’a rejoint, il s’étire et finit par dire : « C’est pas croyable ! Tu réalises ? Il fait nuit, et on est là, en polo ! Quand on pense qu’en plus on est payé. » A ces derniers mots, tous deux partent dans un grand rire.
Par cette porte, un flot de touristes, coule, tel un torrent ; c’est la place de José. Assis par terre, recroquevillé contre le mur d’enceinte, main tendue, il supplie en silence avec les yeux. Un ouragan et 4 années de RMI sans espoir l’ont conduit ici. Pourtant ce sont ces mêmes yeux qui le trahissent et lui ferment le cœur de beaucoup de passants. Alcoolique et dépendant au crack, il tremble de tout son corps malgré la température.
Quelques heures de sommeil, il est 6H30, et la troupe de joyeux lurons déjeune. Les shorts, les chemises hawaïennes et les tongs sentent encore la naphtaline, mais les déguisements estivaux, sont bien en place. Ce n’est pas un palace, mais Bernard sait que c’est tout de même un beau cadeau, qu’il n’aurait pu offrir à sa famille ; pourtant, il déambule comme si la résidence lui appartenait. Le séjour est pris en charge par une société créatrice d’événement, aujourd’hui, c’est rallye automobile. Prétexte à découvrir l’intérieur des terres, à quelques jeux, pour terminer sur une plage de carte postale. JC remarque, au long de la route, la végétation luxuriante, le ciel bleu qui se jette dans l’eau ; il y a un arrêt à tous les belvédères :le Canon, le Minolta, l’Olympus, etc…
Midi, enfin la plage de Pointe Noire est là, devant eux ; des tentes dressées pour le pique-nique, des cocotiers qui viennent mouiller le bout de leurs branches dans la mer. JC, complètement sous le charme, déclare : « C’est pas réel, elle est pas belle la vie ? Moi je resterais bien là, jusqu’à … pour toujours, en fait ! »
23H30, plage de Pointe Noire, le SMUR arrive, suite à un appel anonyme ; Anatole gît sur le sable, frappé de plusieurs coups de couteaux, dans une de ces rixes, assez courantes, où il est très souvent question de drogue. Il est transporté au CHU, son état est jugé alarmant, sûr qu’il ne trouve plus de charme à cette magnifique plage de sable blanc.
La seconde journée, est une mini croisière, vers un île, pour la découvrir en mini bus. Traversée sur des catamarans dont une seule voile coûte plus cher que la maison de Bernard, musique et rhum à volonté, tout cela commence à ressembler à un voyage Fram. A chaque instant, des poissons volants sautent hors de l’eau et planent sur une distance plus qu’honorable. Puis c’est l’appontage et le débarquement, pour monter aussitôt dans les bus. Grosse chaleur, la mer est turquoise, dans l’air, il y a comme un refrain de Voulzy !
Une fois toute l’équipe dans les mini bus, c’est le départ ; traversée de petits villages typiques, visite d’un moulin et d’une plantation, le chauffeur ne dépasse pas le 50Km/H, ce qui fait dire à JC : « ‘Sont cool quand même ! Attend, tu ouvres ta fenêtre le matin, et tu tombes sur ça ! De toute façon, ils ne travaillent que le matin, sont pas fous, l’après-midi, c’est plage et farniente. »
Jean-Charles est assis, plutôt posé, sur une chaise ; la terrasse de sa maisonnette qui donne sur la rue, est comme le auvent d’un mobil home. Le toit est de tôle, les murs sans crépis, laissent entrevoir les briques par endroits, toutes les portes et fenêtres sont ouvertes pour attirer un peu d’air, afin de soulager les corps et les esprits de la fournaise quotidienne. Sa main est posée sur une bouteille, elle l’empêche de s’affaler, insolite béquille. Au passage des mini bus, il n’esquisse pas le moindre mouvement.
La balade en mini bus, se termine encore une fois au bord d’une plage « de rêve ». JC et Bernard terminent de se colorier en rouge, il y aura encore le retour en catamaran…
Ce soir, dernière soirée, ils se promettent une éclate totale ; depuis leur arrivée, c’est open bar et open désir de femme ! Ce soir encore, des litres de rhum sous toutes ses formes : punch coco, planteur, pina colada… Sur qu’après quelques verres, ils seront bien détendus et qu’ils pourront s’éclater ; avant 4 gr, cela leur est impossible !
Marie-Eliane traverse la salle pour la énième fois ; elle porte un costume très « local », lourd et bien chaud, il a comme un côté malsain : un relent de colonie, pour que le blanc se sente « à l’aise », servi par des locaux « bien reconnaissables ». En ramassant les assiettes vides, à chaque table, elle peut entendre les mêmes blagues, « grasses, lourdes », celles des fins de soirées du repas de fin d’année du club de chasse. Elle se demande quel métier exerce ces gens, ils doivent travailler dans le stress permanent pour ouvrir les vannes à ce point ???? Il est déjà 4H du matin, les 10 derniers continuent à avaler tout ce qu’ils peuvent, même s’il n’y a plus de place ! Marie-Eliane pense à sa petite Rose qu’elle a du laisser seule à la maison.
JC, Bernard, tous, repartent gorgés d’images de plages blanches, d’eau chaude à toute heure, de vie au ralenti, de facilité, mais aussi de rhum. Ils ont passé quelques jours dans une sorte d’Eden où vivent des amazones dociles et où tout n’est qu’agapes. Quelques jours de rêve complet.
Ce rêve, à aucun moment, n’a croisé la réalité ; ils se sont côtoyés sans se voir. Pourtant, José le mendiant drogué, Anatole le dealer, Jean-Charles le brisé et Marie-Eliane la mère seule, étaient tout prés, enfants de cet Eden, ils vivent au pays du rêve et n’y ont pas forcement droit.
N’y a t-il aucune charte, aucun code de bonne conduite du touriste ? Parce qu’on paye, que l’on est en vacances, il n’y aurait plus de sensibilité, de respect ?
Le touriste, vraiment une caste à part !