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Il faut savoir lire et surtout accepter les messages que nous envoient le doute ou la peur. Raconter encore et encore, comme une thérapie.

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Dare la luce

Le jeune homme se tient debout devant l’autel ; il porte une costume queue de pie , un haut de forme, il est magnifique. Il regarde en direction de la sortie, toute l’assistance regarde dans cette direction !
Il a eu 25 ans le mois dernier, et il a commencé son premier emploi.
Soudain, elle débouche au bras de son père ; elle est magnifique dans sa longue robe blanche ; sa traîne n’en finit plus. Il n’y a plus un bruit, chacun retient son souffle le temps qu’elle atteigne l’autel. Le vieil homme, remet, en toute confiance, son bien le plus précieux, aux bras de celui qui va dorénavant, être en charge de son bonheur.
Le prêtre commence son discours :
…les époux se promettent Amour et Respect pour toute leur vie…
Je me souviens, de ce désir profond, cette envie viscérale. Il y a aujourd’hui 26 ans, nous décidions de nous mêler, se jurant d’apporter le mieux de chacun de nous deux. Je t’ai voulu si fort, qu’il n’a pas fallu attendre longtemps.
…dans le bonheur et les épreuves…
Dés que tu es né, tu as été malade, des rhino à répétition ; mais tu mangeais et dormais bien. Je me souviens, je ne voulais jamais te quitter, il aura fallu m’arracher ton installation, seul, dans ta chambre !
…dans la santé et la maladie…
J’avais arrêté de travailler, je vivais à ton rythme ; chaque journée se déroulait selon les mêmes rituels : les repas, le bain, la sieste, et puis je te parlais tout le temps, sans cesse, j’ai du te saouler !
…bénédiction nuptiale, échange des anneaux…
Le temps a passé, tu as toujours été un enfant facile ; je me souviens, tu étais volontaire dans l’apprentissage, attentionné, différent aussi, je sais que tes années d’école n’ont pas toujours été heureuses ; tu trouvais dans une réussite presque parfaite, quasi insolente, ton moteur.
…l’assemblée se lève à présent, et entame le Notre Père…
Tu étais si petit ! Quand je te vois, aujourd’hui, je ne réalise pas vraiment qu’il s’agit de la même chair ; car c’est bien une histoire de chair, tu grandis, tu t’éloignes, tu te révoltes, mais tu es et sera à jamais un bout de moi. Je le sais, je l’ai senti, c’est mon corps qui t’a façonné.
Le prêtre invite à présent, ceux qui ont un texte à lire, à venir au micro. Tu m’as demandé de faire une lecture, nous avons choisi ensemble, et tu as insisté pour que je soies la première ; alors me voilà au pupitre, m’apprêtant à lire quelques extraits du Cantique des cantiques :
 
« Que tu es belle, mon amie, que tu es belle ! Tes yeux sont des colombes, Derrière ton voile. Tes cheveux sont comme un troupeau de chèvres, Suspendues aux flancs de la montagne de Galaad.
 
 
Ton cou est comme la tour de David, Bâtie pour être un arsenal ; Mille boucliers y sont suspendus, Tous les boucliers des héros.
Tes deux seins sont comme deux faons, Comme les jumeaux d'une gazelle, Qui paissent au milieu des lis.
Tu me ravis le coeur, ma soeur, ma fiancée, Tu me ravis le coeur par l'un de tes regards, Par l'un des colliers de ton cou.
Tes lèvres distillent le miel, ma fiancée ; Il y a sous ta langue du miel et du lait, Et l'odeur de tes vêtements est comme l'odeur du Liban. »
 
J’ai terminé, je replie mon petit papier, mes yeux sont embués, je ne peux pas te regarder, je fondrais en larmes ; je retourne à ma place.
Le prêtre annonce la fin et invite l’assemblée à se diriger vers la sortie ; retentit alors, « Deux enfants au soleil », c’est la chanson de « sortie d’église » que vous avez choisi.
Aujourd’hui, je comprends un tas de trucs ; de ceux qui m’ont mis en colère, parfois, que je niais, souvent ; tu sais bien, je n’ai jamais supporté les remontrances ni les conseils de ta grand-mère. Pourtant, là, assise sur ce banc d’église, je me sens porteuse de l’âme de toutes les mères. Cette sensation, inconnue du père, où l’on a l ‘impression de perdre pied, de se noyer dans ses propres larmes. De t’avoir porté, puis mis au monde, aura été la plus apaisante des sensations de ma vie ; comme une arrière saison en Toscane, bercée par l’Arno.
Je me sens seule, je suis seule ; qui pourrait me comprendre ? Tu as tes 2 bras, tes 2 jambes et tu vis le plus beau jour de ta vie, alors de quoi je me plaindrais ?
C’est comme si j’accouchais de nouveau, mais cette fois on m’enlève immédiatement mon enfant.
J’ai mis une belle robe, mais je me sens vieille, usée, vide ; que c’est difficile, mes jambes ne sont pas capables de me porter. Il ne reste plus que moi, je dois sortir à mon tour. A peine passée la porte, une averse de grains de riz s’abat sur moi ; quelle aubaine, prétextant une intrusion malvenue, dans mon œil, je n’aurais pas à expliquer mes larmes.
Vas, vas, mon fils, mon petit ! Vas, et surtout, promets, sois heureux, fais ça pour moi !
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