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Il faut savoir lire et surtout accepter les messages que nous envoient le doute ou la peur. Raconter encore et encore, comme une thérapie.

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Fable du petit rocher

Il était une fois…
Un sentier sur une colline, difficile à pratiquer, tous étaient d’accord : ce sentier était bien difficile ! Pourtant, il était le seul, qui permettait, chaque jour, à tous ceux que leur route menait par ici, de continuer.
Certaines journées, un vent terrible se levait, et faisait tournoyer la poussière, plier les arbres, il était tellement puissant qu’il pouvait même vous emporter si vous n’y preniez garde.
Sur le bord du sentier, vivait un petit rocher. Solitaire, aux formes plutôt coupantes, il ne se mêlait que très peu des affaires des autres.
Sa vie était là, et même le puissant vent, ne pouvait le déloger ; ainsi passait le temps.
Un beau jour de printemps, le petit rocher, vit une forme, en contrebas, qui grandissait, à mesure qu’elle gravissait le sentier. Elle finit par arriver à sa hauteur, c’était une jeune dame caillou. Profitant de la présence du petit rocher, elle fit une pause et engagea la conversation :
         -« Bonjour, rocher. C’est encore loin l’autre côté ? »
         -« Bonjour madame. Eh bien, sans vous arrêter, il vous faut encore autant de temps que jusqu’ici ! »
         -« On m’a parlé d’un champ de pierres de l’autre côté, où le paysage est magnifique, où personne ne vient jamais ; on m’a même parlé de la présence de gemmes ! »
         -« Je ne saurais trop vous dire, ce sont là des choses que je n’ai pas vu moi même et dont je me préoccupe peu. »
         -« Je vois ; vous ne vous ennuyez pas, seul sur votre sentier ? »
         -« Je regarde le soleil se lever, parfois quelques oiseaux, viennent se poser sur moi pour discuter entre eux, et puis je regarde passer les promeneurs. »
         -« Bon, je vous remercie, je vais continuer, il semble que j’ai encore pas mal de chemin… »
         -Soyez prudente, la nuit approche et je vois aussi la cime des grands arbres qui commence à danser ! »
         -« Ce n’est rien, je vais me dépêcher, j’ai tellement hâte de trouver ce champ. »
La dame caillou s’éloigna, le jour tirait à sa fin et le vent se levait.
Le petit rocher était troublé ; jamais personne ne s’était arrêté pour lui parler aussi longtemps. Il pensait sans cesse à la dame caillou depuis son départ. Il n’osait pas se l’avouer, mais il la trouvait très jolie. Envahi par un sentiment trouble, il se campa sur le bord du sentier, regardant fixement vers le haut. Le vent de plus en plus fort, venait se briser sur ses arrêtes.
Au plus fort de la tempête, il entendit des cris, venant de plus haut, à cause de la nuit, il ne distinguait pas très loin devant lui ; soudain, au milieu des tornades de poussières, il eut le temps d’apercevoir la dame caillou, ballottée au dessus du sol, ne maîtrisant plus rien.
Puis un choc et plus rien.
Après un certain temps, le rocher reprenant conscience vit devant lui, tout contre son corps, la dame cailloux, assommée. Une douleur vive finit de le ramener complètement à la vie. Elle venait d’un éclat qui s’était détaché, d’un de ses côtés, certainement sous l’effet du choc avec la dame caillou ! D’ailleurs, elle reprenait, elle aussi, conscience, quand il se produisit un étrange phénomène ; l’éclat détaché du rocher, appelait à l’aide :
         -« Maman, papa, je suis là ! »
         -« Oh, regarde rocher, de notre rencontre est né un gravillon, qu’il est beau ! »
Le rocher, restait interloqué et ne parvint pas à dire un seul mot. Sa vie sur le bord du sentier venait de prendre un sacré tournant ; il était effrayé, mais heureux tout au fond de son cœur.
         -« Comment ? Comment est-ce possible ? Que vous est-il arrivé là haut, madame caillou ?
Il ne pouvait que poser question après question, cependant que dame caillou avait recueilli le gravillon et s’était adossée au rocher. Frappant tout son corps, avec une immense douceur, contre celui du rocher, elle produisait une petite musique qui fit rapidement son effet : petit gravillon s’endormit.
         -« Chut, ne crie pas, je vais t’expliquer. Je n’ai pas pu arriver de l’autre côté, le vent m’a attrapée avant, j’ai résisté comme j’ai pu, mais il était vraiment trop fort pour moi. Puis j’ai essayé de m’abriter auprès d’un autre rocher, qui vit presque au sommet, mais il était trop lisse, je ne pouvait pas trouver un abri et le vent a fini par m’emporter. La suite tu la connais. »
         -« C’est merveilleux. » finit par dire le rocher.
Et la vie reprit son cour, sur le bord du sentier, rocher, taciturne, observait, la vie, les autres s‘agiter au long du sentier. A chaque colère du vent, dame caillou et gravillon, n’avaient plus aucune crainte ; calés contre rocher, ils attendaient la fin. Gravillon, passait ses journées, roulant d’un bord à l’autre du sentier, criant « Papa est un roc, il ne peut rien nous arriver ! ». Dame caillou roulait sous les semelles des passants clamant « Mon roc est là, rien ne peut nous arriver ! ».
Quelques années passèrent, jusqu’au jour, où un bruit de plus en plus persistant, arriva aux oreilles de la famille. On construisait une route au pied de la colline ; une belle route d’asphalte, toute plane et droite, qui contournait, sans effort, la colline.
Ce fut comme un chant de sirènes pour dame caillou et gravillon ; ils voulaient voir cette merveille, dame caillou vit reparaître le fantôme de « son champ magnifique », et gravillon trépignait devant cette excitante aventure.
L’attirance était si forte, qu’ils finirent tous les 2 par descendre de la colline pour aller voir le rutilant ruban de goudron.
Le petit rocher, en découvrant que dame caillou et gravillon étaient partis, fut envahi d’une douleur immense et se mit à pleurer durant des jours ; sous l’effet de la douleur et des pleurs, un phénomène étrange, se produisit encore. Une partie de lui, importante, se détacha, vola en milliers de microscopiques éclats pour retomber en poussière sur le sentier. L’autre part de lui, par l’action de la scission, se vit projeter loin du bord, en marge du sentier.
En bas, passés les premiers émerveillements, dame caillou et gravillon commençaient à perdre de leur enthousiasme. La belle route était fort empruntée, par de nombreux véhicules ; gravillon se retrouvait souvent coincé dans un pneu, emmené quelques centaines de mètres plus loin et il passait le plus clair de son temps en retours !
Dame caillou, elle, avait été cimentée, avec d’autres cailloux, dans un muret de renforcement de la route. Toujours la même vue, le même voisin, s’en était terminé des illusions d’aventures, de voyages, de champs magnifiques…
L’un comme l’autre, pleuraient souvent à présent ; ils en vinrent même à maudire le petit rocher qui ne se manifestait pas, se lamentant de ses silences. Parfois, dans la nuit, dame caillou et gravillon hurlaient ensemble, en direction de la colline ; une voix leur renvoyait des échos, mais jamais ils ne le voyaient.
Le petit rocher, n’était plus qu’une voix, quelque part dans la colline, sans doute au bord du sentier, pensaient-ils, à regarder le soleil se lever, à accueillir les oiseaux sur sa carcasse !
Pouvaient-ils ignorer, ce qui était arriver au petit rocher ? Avaient-ils oublié qu’un matin de printemps, ils avaient descendu le sentier jusqu’à la route, laissant derrière eux, le petit rocher ? Ils étaient partis gaiement vers de nouvelles aventures, pensant sans doute, que leur « roc » finirait par se sortir de tout ça ! Voulaient-ils seulement imaginé que ce « roc » était maintenant un morceau mutilé de rocher, isolé de son sentier, et dont plus personne ne voulait même plus pour s’asseoir ?
 
« Cette vie honorable , un soir s’est terminée,
Dans le fond d’une étable, tout seul il s’est couché.
Pauvre bête de somme, il a fermé les yeux,
Abandonné des hommes, il est mort sans adieu. »
 
La légende du petit rocher, est arrivée jusqu’à nous sous cette forme ; elle se termine ici, nous laissant devant, semble t-il, une  «  non fin » à l’histoire. Pourtant, dans nos veillées, nous la contons à nos enfants, pour leur apprendre que notre malheur n’est pas unique, que chaque malheur est comme une croix, parfois invisible, que nous portons, quelquefois en contrebas du chemin, loin des regards. Nous leur apprenons aussi, que le jugement, sans la connaissance, est un facteur trompeur, obscurcissant, bref toujours une ligne ténue, que l’on peut franchir, au mépris des plus élémentaires souvenirs. Où encore que nos actes ont des conséquences que l’on ne peut ignorer.
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