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Il faut savoir lire et surtout accepter les messages que nous envoient le doute ou la peur. Raconter encore et encore, comme une thérapie.

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Il viaggio

Tout a commencé comme un rêve de petite fille ; au début des années 90. Le rêve de tenir une promesse faite à un être cher.
« Tu verras, quand j’aurais une voiture, je t’emmènerai …»
Ce rêve m’est tombé dessus, j’étais jeune marié.
Je suis entré de plein fouet dans une famille, un autre monde ; on m’a adopté, embrassé 3, 4 fois par jour, offert un couvert à toute heure, la meilleure place à table, la plus grosse part du plat. Servi comme un notable, on m’a donné par dessus tout une montagne de tendresse.
J’ai appris un nouveau langage, incompréhensible pour les non initiés, que l’on ne peut même pas nommer.
Ce rêve s’est renforcé, nous nous installions dans la vie.
Deux situations professionnelles stabilisées, les premiers congés, gagnés, une véhicule de société, un appart acheté et un petit homme encore tout petit. Cela n’a pas été facile, elle ne s’est pas laissée convaincre immédiatement, mais le rêve a commencé à prendre vie sous la forme de plans de trajets et de dates arrêtées.
Ce rêve est devenu réalité.
Il a rempli mon coffre au-delà de sa capacité ; c’était comme un voyage dans un pays ravagé par une guerre : des pâtes, de l’huile, du sucre, des tomates pelées en boîte.
Des cartes, un guide du routard, il était impensable de ne pas tout avoir prévu ! Ce devait être parfait.
Mon rêve a débuté.
Je me souviens, à notre premier arrêt, sur une aire de pique-nique ; premières vacances « de grands », et pour une bonne cause, énorme ! Assis sur un banc de bois, sous les arbres, les sandwiches avaient un goût d’ailleurs.
Puis la frontière, une autre langue sur les panneaux, et son sourire de Joconde, son bonheur irradiant, on rentrait au pays.
La première nuit à l’hôtel, je me souviens d’avoir eu peur ; une certaine réputation et le coffre qui vomissait des tas de paquets à la vue de tous…
Le bon Dieu devait veiller cette nuit là…
Mon rêve, ma vie, ces jours.
Après une longue route, nous sommes arrivés, et tout était vrai : c’était le royaume du linge étendu aux fenêtres entre 2 étages si proches, des vieilles femmes en noir assises sur des bancs de pierres, de la Camorra, présence sourde, lourde, la légende, et du « Pibe de oro » faisant les beaux jours du club de foot de la ville.
Une autre branche de la famille m’a accueilli comme s’ils me connaissaient déjà, ils n’avaient presque rien, mais ils le partageaient encore. Ils vivaient dans ce que d’aucun appellent des trous à rats, des fourmilières immenses, où tout le monde connaît ses voisins, où l’on se passe un morceau de pain, de l’huile ou du basilic le plus naturellement ; le mot « famille » était un mot lourd de sens. Que de la joie, celle d’accueillir, de recevoir, de donner. Et même si une femme en short était considérée comme quasiment nue, j’ai aimé le temps passé auprès d’eux.
Surtout, je l’ai vu, le soir, assise sur le toit terrasse, discuter dans sa langue natale, de la famille restée au pays, de voisins oubliés, d’anciens camarades d’école, de parcours moins heureux. C’était comme une seconde jeunesse.
Jamais de ma vie je n’avais vu ça : ils fabriquaient eux-mêmes leurs pâtes, y compris celles aux épinards ! La quatrième dimension de la cuisine, de celle qui vous fait vraiment comprendre, à votre retour, l’expression « piège à touristes ». Je vous jure que tous les Giovanni, Panzani et Rana, sont des tenanciers de gargotes ; quant San Marco, il peut vendre sa machine à café et tous ses grains avec. J’ai bu du café, fait maison, qui m’était servi déjà remué et sucré, que je n’ai jamais retrouvé. J’ai acheté une cafetière italienne, le « fameux San Marco », mais rien, rien, rien à voir !
Ce rêve accroché à ma mémoire, sera pour toujours, mon plus beau souvenir de vacances.
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