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Il faut savoir lire et surtout accepter les messages que nous envoient le doute ou la peur. Raconter encore et encore, comme une thérapie.

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C'est de ma faute !

 

Ce matin, elle commence sa partie de cache-cache, à pas feutrés, elle se fait petite, le plus possible, jusqu’à s ‘oublier elle même.

 

Devant sa coiffeuse, elle use, abuse de fards, mascaras et autres crayons ; tout doit disparaître !

 

La porte d’en bas claque, elle sursaute, se recroqueville, ses yeux écarquillés, humides, scrutent fiévreusement la porte de la chambre. Une éternité, il lui semble, passe, avant qu’elle n’ose enfin bouger.

 

Il est déjà tard, elle dévale l’escalier, vite, vite, il faut partir ! Pierre, tes dents. Elle croise Julie ; comment éviter ce petit regard d’enfant qui ne pose plus de questions, compatissant, résigné, dans l’incompréhension totale et dépassé par le monde des géants.

 

De la porte d’entrée à celle de la voiture, 20 m interminables, chaque pas dans la lumière est un aveu affiché de culpabilité, ils sont tous derrière leurs carreaux, c’est certain !

 

Enfin assise,  quelques gestes encore et elle serait à l’abri ; elle pose des lunettes noires sur ses yeux, baisse le pare-soleil. Aujourd’hui, le temps est gris.

 

Allez, on est arrivé, on descend ! Bonne journée mes amours, à ce soir.

 

Les mains sur le volant, elle reste un instant, regardant s’éloigner sa vie.

 

Ce matin, elle ne peut pas, ne peut plus. Quoi dire, quelle excuse ? Encore un sac de nœuds, de ceux que les autres avalent par politesse gênée. Une maladresse dans un escalier, une allergie, ou retourner sous les couvertures et prétexter une angine, une crise de foie, n’importe quoi, mais il faudra un médecin, un certificat…

 

Quand elle reprit conscience, elle était sortie de la ville et tout, autour, n’était que champs et forêt. Papa, si tu étais encore là, maman si tu pouvais encore me serrer contre toi, une fois encore ; elle était submergée par un immense sentiment de honte. Elle ne luttait plus, malgré sa meilleure amie, son frère, elle avait abandonné le combat, trop dur, trop seule, trop lâche pensait-elle.

 

Elle arrêta la voiture au bord de la rivière, elle aimait cet endroit ; petite fille, elle habitait prés d’une rivière semblable à celle-là. Elle y venait souvent, pour jouer, pour ses premiers chagrins aussi. Le bruit de l’eau et le mouvement perpétuel la calmaient ; c’était comme ces douches, où elle pouvait pleurer tenter de se purifier, mais le savon n’a jamais suffit !

 

Elle griffonna quelques mots sur un papier qu’elle posa sur le siège passager ; puis elle sectionna le fil de sa vie.

 

 

Ce matin, comme tous les autres, en me levant, je commence ma journée en buvant un café ; une cigarette, un coup d’œil au carreau, pour voir grouiller le monde des géants. La superette ouvre ses portes, le camion benne passe dans la rue, ce qui occasionne un concert de klaxons. Tiens, la femme aux lunettes s’en va. Chaque fois que je la vois, quel que soit le temps, elle porte ses sacro-saintes lunettes, bêcheuse !!! 

 

Second café, j’attrape le journal, ramené la veille, l’édito traite de violences conjugales.

 

En France, aujourd’hui, 6 femmes, par mois, meurent sous les coups de leurs partenaires, l’occident s’émeut très souvent du sort des femmes musulmanes, indiennes ou africaines, mais il ne balaye quasiment jamais sous son propre porche.

 

L’article fait référence au nouveau code pénal de 1994, qui désigne les violences conjugales comme des « atteintes volontaires à la personne » et non plus comme un délit spécifique. De plus le fait que l’agresseur soit le conjoint ou le concubin est reconnu comme une « circonstance aggravante », ce qui signifie que la peine encourue est plus sévère.

 

Tant mieux, me dis-je, pourtant…

 

L’article continue sur les préjugés, encore très vivaces, qui continuent de faire obstacle aux dépôts des plaintes, qui se voient trop souvent transformés en « mains courantes », finalement classées sans suite et ne donnant lieu à aucune poursuite. Quels sont ces obstacles, quelles réticences peuvent arrêter ?

 

  • La femme espère que la relation s'améliorera;
  • La femme ne veut pas briser la famille;
  • La femme est isolée de ses amies et amis et des membres de sa famille en raison de la violence dont elle est victime;
  • La femme craint pour sa sécurité et celle de ses enfants;
  • La femme est financièrement dépendante de son partenaire;
  • La femme a perdu confiance en elle en raison de la violence de son partenaire;
  • La femme ne sait pas où aller;
  • son partenaire menace de la blesser si elle quitte le foyer;
  • Certains représentants de l’ordre ont minimisé les déclarations de plaignantes, arguant du fait que ce devait être une dispute ménagère, passagère, que tout allait rentrer dans l’ordre.

Sale journée qui commence ; ce n’est qu’un article, mais tout de même, c’est à notre porte.

Le lendemain matin, je commence selon le même rite. Un fait divers, dans le journal, attire mon attention, certainement l’édito de la veille pas vraiment digéré, quelqu’un, quelque chose, a dérangé mon petit monde.

 

Une femme a été retrouvé morte, un suicide, dans sa voiture, en bordure d’une rivière, à quelques kilomètres de la ville. Visiblement l’enquête, rapidement menée, a permis d’établir que cette femme était battue par son mari et qu’au bout du désespoir, elle aura choisi de mettre fin à son calvaire. Deux faits, en particulier, m’ont anéanti ; le journal dit qu’elle a été découverte, sur le siège de sa voiture, qu’elle portait des lunettes noires et qu’elle avait laissé un mot.

Normal, je me dis, dans ces cas, on laisse toujours une lettre expliquant son geste.

 

Le journal avait reproduit un fac-similé dudit mot :

 

 Penser jeudi au RDV de Julie chez le dentiste

 

Pierre a besoin d’une nouvelle paire de chaussures de foot.

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