Overblog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Il faut savoir lire et surtout accepter les messages que nous envoient le doute ou la peur. Raconter encore et encore, comme une thérapie.

Publicité

Le livre

Cela faisait maintenant un bon mois que cette sensation ne me quittait plus ! A chacun de mes pas dans la rue, je me sentais suivi, regardé, épié. Il m’arrivait certains soirs, en rentrant chez moi de m’emporter presque au point d’en pleurer. Je n’ouvre plus les volets, je sursaute quand le téléphone ou la porte d’entrée se mettent à sonner.
Tout semblait avoir débuté lors de cet apéritif au bureau, celui du pot de départ de mon ancien patron ; Hélène était partie 15 jours auparavant et à cette époque je noyais mon chagrin en abusant de l’alcool. C’est vrai j’avais trop bu, mais je me suis excusé ! Pourtant je crois que ce que le vigile n’a vraiment pas aimé c’est quand je lui ai demandé si le sigle ( SGP ) de son employeur ne signifiait pas : Salut Gros Pédé. Les collègues ont eu toutes les peines du monde à me sortir de là.
C’est lui, il n’a pas digéré l’insulte d’un cadre condescendant, maintenant il veut se venger.
Quand j’y pense, il y a bien aussi ce chauffeur de taxi ; j’ai pas voulu le laisser sortir de sa place, enfin ça c’était le début ! Parce qu’après comme il gueulait, je lui ai fait des tas de bras d’honneur avant de reculer pour l’emboutir et de partir très vite avant qu’il réagisse. Il a du relever mon numéro, il connaît un flic et il a réussi à avoir mon adresse.
Non c’est l’autre, celui qui a pris Hélène, je l’ai traité de « petite bite », je savais qu’elle faisait une connerie, c’est un vicieux, il veut me faire payer, elle ne doit pas être au courant.
Toutes les nuits, sur le plafond, je fais défiler ma liste de suspects potentiels ; j’ai découvert avec stupeur le nombre de gens que l’on peut froisser ou plus tout au long de sa vie sans même y prêter attention sur le moment. A la question « lui connaissez-vous des ennemis ? », je réponds sans hésitations : oui monsieur l’inspecteur ! Des tas d’ennemis, tous les jours des nouveaux viennent grossir la liste. La question reste : lequel a été humilié au point d’avoir médité une si longue et insoutenable vengeance ?
Ma vie est devenu un véritable enfer, je ne supporte plus aucun bruit, tout m’inquiète ; à ce rythme, je ne vais pas tenir très longtemps. J’ai même fini par ne plus sortir or les « obligations ». Aussi m’étonnai-je moi même lorsque j’acceptai l’invitation de Paul et Virginie pour ce soir. Sans doute parce qu’ils étaient les derniers à encore me regarder normalement, et que je leur en étais reconnaissant. Mariés depuis 4 ans, ils vivaient dans le centre pas très loin de chez moi ; je connaissais Paul depuis le collège, je suppose que toutes ces raisons réunies ont forcé ma décision.
Le repas et la soirée furent, à la vérité, très agréable, il y avait si longtemps que je n’avais pas vécu ne serait-ce que quelques heures douces et reposantes dans un environnement amical. Il était 23H30 et je décidai de prendre congés de mes amis. L’air frais me fit du bien, j’avais bu mais sans abuser. Je presse le pas afin de monter au plus vite dans ma voiture que je verrouille immédiatement. Les rues étaient désertes en ce week-end de mai, je roulais fenêtre ouverte pour goûter encore l’air frais. Aucun feu routier ne semblait fonctionner. Parti depuis à peine 10mn, je remarquai une fumée blanche s’échappant du capot avant ; il n’était absolument pas question de m’arrêter et encore moins de sortir du véhicule. Je ralentis et je commençai à regretter d’être sorti de nuit, maudissant Paul de toutes mes forces. Malgré mes précautions, la voiture refusa d’aller au-delà des derniers mètres qu’elle venait de me consentir. C’était fini, elle n’avançait plus.
Il ne me fallu pas plus d’un quart de seconde pour analyser ma situation. Je restai pétrifié au volant, incapable de me décider à un quelconque mouvement. Il était minuit, il faisait noir et j’étais virtuellement à pieds. Un bruit sourd sur ma vitre me sortit de mes pensées, instinctivement je me saisi d’un cutter qui traîne toujours dans ma voiture. En me tournant je suis nez à nez avec un drôle de visage barbu et une bouche articulant des sons que je n’entendais pas ; une main tendue me fit comprendre tout à coup ! Non je n’ai pas de monnaie, rien à donner, non et non. Le clochard continua son chemin et je me retrouvai à nouveau seul. Glacé, paralysé d’effroi, je suis resté prostré au volant un temps qui m’a paru très long. Mais il fallu bien que je me rende à l’évidence ; je devais me décider à agir, à faire quelque chose et le faire à pieds !
Après avoir tourné et retourné la tête devant et derrière, je me décidai à ouvrir et à descendre de la voiture. La démarche mal assurée, l’alcool et la peur mêlées sans doute, je commence à me diriger vers mon domicile ; peu à peu j’accélère le mouvement de mes jambes totalement dégrisé à présent. 10mn en voiture, voyons, c’est environ le double à pieds, ½ heure tout au plus et j’ai déjà fait une partie de la route en voiture !
En levant la tête vers un lampadaire, je comprends pourquoi tout est si sombre, il n’est pas allumé, d’ailleurs aucun ne fonctionne partout où je pose mon regard.
Soudain, mon pas résonne plus fort, mes mains s’agitent dans mes pochent, la sueur monte à mon front je me retourne vivement, rien, personne ! j’ai vu ça plusieurs fois dans des films, il faut s’arrêter pour écouter si le bruit continue… Je m’arrête net, il me semble entendre la fin d’un bruit, comme un pas qui s’arrête lui aussi. Seconde ruse vue dans un film : accélérer, tourner vite au coin d’une rue, trouver un renfoncement et s’y glisser. J’en aurais le cœur net.
L’approche d’un croisement m’offre la possibilité de mettre en application ma feinte ; me voilà plaqué dans l’encadrement d’une porte cochère du centre ville à attendre mon destin qui me suit j’en suis sûr !
Le temps me paraît une éternité, je retiens ma respiration, figé tel une statue de sel, caméléon urbain je suis invisible ! Stupéfaction, j’entends un pas qui se rapproche ; je regarde fébrilement le coin de la rue d’où va surgir mon poursuivant. Les demi secondes s’égrainent, soudain une ombre apparaît, je n’ai plus besoin de faire d’effort pour rester immobile, je ne peux plus bouger ne serait-ce que le petit doigt ! L’ombre s’allonge…
On sonne à la porte, je sors difficilement du canapé.
« Ah, c’est toi ! Entre, je lisais en t’attendant. »
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article