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Il faut savoir lire et surtout accepter les messages que nous envoient le doute ou la peur. Raconter encore et encore, comme une thérapie.

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Le bar

Ce matin, il pleut ; j’avance doucement sur la place, je dois me garer et aller au bureau de poste.
J’aime cette place, sa halle habitée par une multitude de pigeons irrespectueux…
Sur ma droite, 2 places dont une est la première, ce qui me permettra un départ sans manœuvre. Je me range, laissant donc la seconde place libre, maintenant entre 2 véhicules.
A cet instant, un pick-up me dépasse, le conducteur me jette un oeil agacé et se range devant moi ; là où il n’y a pas de place, son véhicule ferme l’accès à l’intérieur de la place ! A l’arrière, quelques planches, quelques outils et un chien attaché ; le conducteur sort et en passant jette cette fois un oeil à mon immatriculation l’air entendu ! Puis il entre dans le café.
Je reste interdit, je le regarde évoluer dans son monde, il serre des mains, et d’un simple signe de tête commande son café.
La madeleine peut surgir parfois de façon complètement inattendue. Je me vois entrant dans un café, je serre des mains, fais des signes de tête, j’embrasse 1 ou 2 personnes et sans même un signe de tête, mon café arrive sur le comptoir. C’est ma famille, mon monde, mon univers ; ici je peux tout, nulle timidité, c’est chez moi.
Je suis un « j’habite ici ».
Revenu de mes rêveries, j’entre moi aussi dans le café ; il y a une quinzaine de personnes, par groupes de 2 ou 3 ils discutent du temps, du boulot, des gosses ou du dernier match. Je ne serre aucune main, je file au comptoir, prends place sur un tabouret et je dis bonjour à la serveuse et commande un café… Je regarde les bouteilles en face de moi, je n’ose pas me lever pour prendre le journal, je fume 2 cigarettes.
J’habite ici.
Chaque semaine au supermarché, je croise les mêmes personnes en caisse, dans les rayons, aimable civilité, je dis bonjour, merci, vous de même et au revoir. J’habite ici.
Je suis enfant unique, n’ai plus d’amis d’enfance, pas de meilleur ami qui aurait usé ses culottes sur les mêmes bancs d’école, j’ai si peu de famille, si peu de contact avec eux, mais le veux-je seulement ? Mes parents sont des citadins, je n’ai pas épousé la fille de nos voisins ; j’ai déménagé 13 fois, aujourd’hui je vis au fond d’une impasse et je connais le nom et parfois la tête de 2 voisins au maximum.
J’habite ici.
J’ai mes codes, mes signes, mes langages ; je méprise l’injustice, la duplicité, la méchanceté gratuite, les bons sentiments dégoulinants, le manque de parole, d’honneur, les esprits étriqués, l’intégrisme sous toutes ses formes, l’orgueil, l’envie, les enfermements, les contraintes manu militari et globalement tout ce qui est « entendu » ou « normal » au nom de principes qui ne résultent pas du choix intime de chacun.
J’habite ici, sur la terre.
Je suis sûr de peu de choses, chaque jour est un apprentissage ; j’ai été un « j’habite ici », j’ai été un vrai con, quand je regardais en biais ceux qui rentraient dans MON bar et qui n’étaient pas des figures connues du quartier, j’ai été du côté de ce mur où tout est inné, où rien ne s’acquiert par les actes, où il suffit d’être du bar, de la rue, du quartier, du village. Je me suis retrouvé de l’autre côté de ce mur, pas volontairement au début, j’en ai souffert quelques fois, j’ai maudit Dieu et les hommes surtout, pour avoir ériger le piston au rang de valeur étalon. J’ai digéré qu’avoir des convictions, les défendre, qu’être consciencieux, honnête, appliqué et gentil ne menait pas à la reconnaissance des autres.
Je ne serais jamais grand, ici sur terre, mais aujourd’hui, dans ce bar, je sais :
J’habite ici, mais comme locataire, les autres s’imaginent propriétaires, c’est ça ma différence.
 
 
 
                                                                                              A toi mon fils…
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