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Il faut savoir lire et surtout accepter les messages que nous envoient le doute ou la peur. Raconter encore et encore, comme une thérapie.

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Jesus, he loves me

Sa course faisait craquer quelques branches au sol, et dans le profond silence de la forêt, cela lui semblait comme un appel qu’il lançait.
En se retournant, il aperçut la lointaine lumière des phares de voitures, tétanisé de peur, épuisé par sa course effrénée, ces lueurs se mélangeaient aux lucioles devant ses yeux.
Soudain, fixant plus fort les lumières qui dansaient, il crut voir distinctement le visage de Jésus, celui de la croix au temple.
Il est venu, lui, il va m’aider, de ses douces mains il va m’emporter jusque dans mon lit, de son amour il va me recouvrir, me rendre invisible ; sa main se tendit vers l’image, qui disparut à cet instant précis.
Une phrase du sermon de dimanche dernier revint à son esprit « aide-toi, le ciel t’aidera ».
Il se remit à courir de plus belle.
Incapable de suivre le fil logique d’une pensée, il saisissait simplement quelques images de temps en temps ; papa, l’homme le plus juste de la terre, qui ne cesse de m’encourager à bien travailler à l’école, à ne pas juger trop vite les actes des autres ; il me parle souvent de mon copain de classe, Michael. Tu vois son père ne veut pas le voir avec toi, il lui hurle dessus, très souvent pour ça, hé bien Michael joue quand même avec toi aux récréations. Il est sympa Michael, on rigole parfois, quand il me raconte les dîners chez lui le soir, les invectives de son père à notre sujet. Papa, j’aurais du t’écouter, ne jamais venir ici, ce soir.
L’image de sa mère était mêlé à celle de Megan, sa petite sœur ; les tartines et le verre de lait, au retour de l’école, les fous rires et surtout cet figure d’ange penchée sur moi le soir, m’embrassant me souhaitant les plus beaux rêves. Maman, pardon, je ne rêve pas, c’est un cauchemar !
Il se revoit, lisant une histoire, à Megan, pour l’aider à s’endormir; très souvent la même, elle l’adore. C’est l’aventure d’une nuit d’un bébé lapin, qui veut connaître le monde au-delà du terrier de ses parents qui désobéit en sortant au clair de lune, seul. Apprentissage douloureux, poursuivi par un renard, il ne doit son salut qu’à sa petite taille ; en effet, elle lui permet de trouver refuge dans un trou trop étroit pour messire renard qui se lassa au bout d’un moment. Bébé lapin peut rentrer chez lui, en suivant penaud, son papa, parti à sa recherche.
Ses grands-parents traversent le film de sa course ; les étés formidables, chez eux près de Longwood Gardens, à pécher, à jouer aux cartes, tard le soir, les baignades dans le lac et les bonnes tartes de grand-mère. La fin des vacances revenait toujours trop tôt !
Il se demandait pourquoi ces images, en particulier, lui venaient à l’esprit, pourquoi cette profondeur, pourquoi le passé, pourquoi cette sensation indéfinissable de bilan, pourquoi pas d’images de demain ?
Il continuait de courir, droit devant lui, autant qu’il le pouvait, en évitant les obstacles formés par les houx. Il était égaré, mais il ne le savait même pas ; il ne connaissait que partiellement cette partie de la forêt. Son père lui interdisait d’y venir, surtout seul.
Des aboiements se firent entendre, ils semblaient tout proches, sans arrêter de courir, il se retourna à nouveau, pour voir, estimer la nature et l’imminence du danger. La fatigue, certainement, cela faisait à présent plusieurs longues minutes qu’il courait ; mais sa manœuvre pour tourner sa tête lui fit perdre l’équilibre, il s’effondra derrière un monticule, au fond d’un petit trou. Quand il revint à lui, il eut une absence de 2 secondes, le regard hagard, ne comprenant rien, il entonna quelques paroles, inscrites dans sa mémoire, sa grand-mère, le soir, sous le porche, sur son fauteuil à bascule :
 
“… How sweet the name of Jesus sounds
in a believer’s ear
it soothes his sorrows, heals his wounds
and drive away his fear
Must Jesus bear the cross alone
And all the world go free?
No, there’s a cross for ev’ryone
And there’s a cross for me…
 
Ce sont les cris des chiens, étranglés par leurs laisses, bavant de haine, qui le ramenèrent à la réalité immédiate. Il ne distinguait que des silhouettes, au-dessus de sa position, sur le rebord du monticule ; les chiens partaient, en avant, dans un grand élan, mais se trouvaient stoppés net par la longueur des laisses, de sorte qu’ils devaient enrager encore plus, si proches de leur gibier et ne pas pouvoir l’attraper.
Peu à peu, d’autres formes apparurent derrière les chiens ; il faisait trop sombre pour voir vraiment, mais il s’agissait bien d’hommes. Une voix rageuse, monocorde, profonde, se fit entendre :  « Alors, tu le vois ? Ton copain, tu le vois, ramper, comme un animal ! » Au même instant une plus petite forme, fut poussée, sans ménagement, au fond du trou.
Il reçut ce corps pratiquement sur lui, se retrouvant nez à nez avec un visage, déformé par la terreur, des larmes coulant le long de ses joues, c’était Michael !
Il regardait tour à tour, le visage de Michael, et le rebords du monticule, sans pouvoir articuler un seul mot. Une silhouette s’était avancée un peu plus, il pouvait la distinguer dans le contre-jour des lampes torches, elle était uniforme, blanche, il pensa qu’il était face à un fantôme, avec un chapeau pointu.
Il fixait cette vision, le son d’une voix sortait bien d’elle, mais il ne pouvait pas voir ses lèvres, ni rien d’autres, exceptés deux ronds noirs qu ‘il prit pour des yeux. La voix cria : « Allez, maintenant ! »
 
« Mes frères, mes sœurs, oui j’ai bien connu ce garçon
Vous aussi, et le Seigneur aussi l’a bien connu.
En cette veille de noël 1900, veille de la venue du sauveur, je vous le dis :
 Jesus, he loves you,
Jesus, he loves me,
He loves all of us. »  
Le sermon était terminé, le pasteur passait maintenant devant l’autel, nous allions entonner les chants.
-         « Merci, Megan, ce fut un merveilleux sermon. »
-         « Je t’aime maman. 
Hiver 1900, "Fort Christina", état du Delaware, 40 années de déni du 13ième amendement vivaient leurs derniers jours : alléluia.
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