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Il faut savoir lire et surtout accepter les messages que nous envoient le doute ou la peur. Raconter encore et encore, comme une thérapie.

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Le vent rouge

 

Au premier jet qui touche, un filet rouge commence à couler...


Un jour de fête, c'est un jour de fête dans toute la maison. Dans la chambre, il n'y a que des femmes, Sidalia voit ses soeurs, ses tantes, sa mère aussi. Elle est en grande conversation avec sa belle-mère, elle rit. Sidalia n'avait, jusqu'ici, jamais vraiment prêté attention au visage de sa mère; toutes ces femmes ont baissé une partie de leur voile, elle voit ses dents à travers ses lèvres entrouvertes. Elle est jolie et surtout paraît si jeune.

Sidalia voit cette agitation joyeuse, sans comprendre de quoi il s'agit; elle semble être au centre de l'évènement et ce n'est pourtant pas son anniversaire.


... Elle voudrait s'essuyer le visage pour ne pas tâcher sa jolie robe, mais elle ne peut bouger les bras. Au second jet qui touche, sa vue se trouble, et une douleur lancinante s'installe sur son front...


Les souliers au pied du lit et la robe posée sur ce dernier, font l'effet d'une panoplie de déguisement pour enfant. Pourtant c'est le travail minutieux de sa mère, des nuits entières à couper et surpiquer.

Cette taille pour ce genre de modèle est introuvable dans les commerces.

Soutenue, portée par toutes ces mains, Sidalia semble voler; en 3 coups de baguette magique, elle est habillée, chaussée, devant le miroir. Sa mère, approchant par derrière, passe par-dessus sa tête un voile. Soudain, tout l'univers visuel de Sidalia est enfermé dans un quadrillage.

L'image que lui renvoie la glace, est celle d'une enfant qui joue à la mariée.


... Quand le troisième jet qui touche l'atteint, elle n'entend déjà plus les cris tout autour, sa tête penche sur le côté droit...


Soudain, telle une volée d'hirondelles annonçant le printemps, toutes les femmes se mettent en marche. Ayant pris soin auparavant de remettre chacune leur voile. Sidalia, au centre de la nuée, suit le mouvement sans voir où il l'a conduit. La troupe arrive dans la cour, devant la maison, il y a une grande tente montée. Elle est magnifique, à la manière de celles des tribus du désert.

Sidalia peut enfin distinguer devant elle, et c'est une forme, assise au fond dans l'obscurité qu'elle voit; une forme qui lui paraît très grande!

La forme se déploie et avance vers elle, apparaissant enfin dans la lumière. C'est un très vieil homme, semble t-il à Sidalia, son visage est plus ridé que celui de son père. Plus il s'approche plus elle sent son regard qui la dévisage, il passe dans son dos, tate ses épaules avec rudesse et il soulève même, le bas de sa robe, sans doute pour vérifier qu'elle a bien ses deux jambes.

Pendant cette scène, Siadalia aperçoit, dans l'obscurité du fond de la tente, la même d'où l'homme est sorti, une tête penchée qui visiblement, cherche à voir ce qui se passe. Sans doute dans ce but, le voile sur ces yeux n'est pas rabattu?

Sidalia croise le regard inconnu, qui se fige à son tour, cherchant à traverser son voile. Un soupir fait se fermer, un instant très court, les paupières inconnues; une infinie tristesse se lit dans ce regard, mais surtout Sidalia sent comme un message, une transmission dans son intensité.

Sidalia, encore naïve des rêves de son âge, semble cependant comprendre qu'il se passe quelque chose, mais quoi?

Son père parle avec le vieil homme, d'un geste invisible pour les non initiés, il appelle un de ses serviteurs, qui paraît quelques secondes plus tard traînant cinq chameaux.

Sous la tente, il fait très chaud, trop!

Sidalia se met à courir, hors de la tente, de la cour, de la maison. Sans but précis, elle soulève son voile, simplement pour sentir le vent caresser ses joues brûlantes, elle court.


... Le quatrième jet qui touche, ne fait que secouer une tête pantelante. Une rafale de vent soulève la chevelure palissandre et emporte des gouttelettes rouges.

Les lapideurs s'en vont, une mère pleure son enfant, un père a lavé son honneur et un vieil homme cherche toujours une femme.

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