Il faut savoir lire et surtout accepter les messages que nous envoient le doute ou la peur. Raconter encore et encore, comme une thérapie.
Assise sur le rebord du petit lit de, seule dans cette chambre noire, elle pleure, sa peine est si grande !
La douleur lui déchire le bas-ventre; jusqu'ici, elle a fait bonne figure, surtout pour Sean et Angus.
Bien sur, elle connaît la règle.
Chaque séparation est difficile, presque plus chaque fois, mais pour la première fois, inhumaine.
Son esprit, projette sur le rideau de ses larmes le film de ses souvenirs ...
A peine plus grand qu'un haricot à son arrivée, ses mains qui effleurent son visage rose.
Penchée, au-dessus de lui, sa main calmant la fièvre à son front.
Tant de fois, sa main qui l'accompagne jusque dans le couloir de l'école; elle le voit pendre son manteau, avant d'entrer en classe.
A chaque cauchemar, ses mains, qui tiennent les menottes brûlantes.
Sa main guidant le premier stylo, qui trace les premières lettres : M A M A N.
De sa main, elle a panse les premières blessures du sport.
Elle use le bout de ses doigts à coudre les petites étiquettes sur ses vêtements.
Ses mains tremblantes d'impuissance quand il s'éloigne sur le chemin, avec son vélo sans les petites roues à l'arrière.
Sa main qui crie de douleur, quand la porte fenêtre devait se rabattre sur les siennes.
Sa main coupable après chaque fessée.
Sa main crispée, quelquefois, au moment de signer...
Sa main tapant du poing ce jour là, à l'hôpital; juste un bras cassé, plus de peur...
Puis, et surtout, ce matin la, devant l'école, quand il lâche sa main pour traverser la rue, ses joues rougissantes; il y a une petite fille sur le trottoir d'en face qui le regarde et ne semble voir que lui.
Dans le salon, elle trouve les bras d'Angus, elle ne tient plus et fond en larmes à nouveau. Heureusement Sean est à l'école, se dit-elle; dans ces moments elle pense à renoncer. Pourtant c'est ce coeur brisé en mille morceaux à maintes reprises, qui guidera encore sa vie.
Elle a eu si peu de temps, à peine quinze jours depuis ce coup de fil. C'est si peu pour ne rien oublier de graver; elle n'a jamais pensé à prendre de l'avance dans ce domaine, elle ne s'attendait plus à ce qui arrive aujourd'hui. Elle n'a pas songé à profiter de chacun des derniers instants, il ne lui a été permis que quinze jours.
Aujourd'hui, sur le pas de la porte entrebâillée, elle agite sa main mal assurée, en direction de la voiture; ce pourrait être un banal départ en colonie de vacances.
Au loin, un uillean pipe entonne un air familier, son bras retombe le long de son corps; il ne lui reste plus qu'une ombre dans la main.