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Il faut savoir lire et surtout accepter les messages que nous envoient le doute ou la peur. Raconter encore et encore, comme une thérapie.

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Séjour

 

On leur avait dit: pour le meilleur et pour le pire!

Ce soir de la buée envahit les yeux de Pascal, le cœur serré il cherche son bonheur. Il en est sur c'est Morgane, mais le veut-elle?

Tant d'années, il a cru aux chimères, mais le souffle de cette comète l'a pétrifié. Le prix de l'Amour est très, très élevé; trop lourd à porter pour qui a le goût amer de l'abandon dans la bouche.

Pascal revoit les images de leurs 2 corps mêles, rien n'efface les coups de griffes de Morgane; et tout au fond de lui, il pense qu'il a déchiré sa chair sur ses récifs.

Morgane est là, si prés, étendue sur ce lit, pourtant il ne peut l'atteindre, désespérément il cherche à exister dans sa vie quand toutes ses certitudes se sont effondrées. Il meurt de ses absences, ne vit que pour ses retours; sur cette route sinueuse, Morgane disparaît à chaque virage.

Quelle est sa chance s'il l'a perd?

Il s'accroche à tous ses parfums, celui de ses foulards, coquins, de son corps entre ses bras, envoutant.

Pascal ne sent plus en lui, cette force immense qui l'aidait à traverser les tempêtes et autres coups durs. Ce courage, cette foie, intenses, qui faisaient sauter tous les verrous.

Mais ce soir, en passant la haute grille, un verrou s'est fermé, et Pascal a quitté une jeune femme en équilibre précoce au bord du vide.

La veille, lors de son rendez-vous, Morgane et son docteur étaient convenus d'une hospitalisation. Tout fût réglé rapidement, l'arrivée fixée pour le lendemain. Pour un œil extérieur, les préparatifs, bagages et autres recommandations avaient tout l'air d'un départ en vacances, et si ce n'était le visage tuméfié et les yeux rougis de Morgane, l'illusion aurait été parfaite.

Elle avait pris, elle-même, la décision, semblait calme, pourtant une immense tristesse se dégageait de tout son être. Relâchée, soulagée comme évoluant à côté d'elle même.

Pascal venait de boucler la dernière valise, il ne réalisait pas vraiment; il était sur le point de dire au revoir à son amour, mais pas sur le quai d'une gare.

Le trajet en voiture fût étonnamment « normal », Morgane et Pascal évitaient tout ce qui n'était pas banalité. C'était l'affaire d'une dizaine de kilomètres.

Les bâtiments étaient vétustes, mais le parc, lui, était magnifique. Planté de grands cèdres et clairsemé de quelques parterres de fleurs aux couleurs vives. Morgane avançait dans l'allée sans en profiter, ni même voir cette beauté. Elle devait plutôt être sensible à l'immonde ceinture qui entourait cet écrin et ne trompait personne sur la véritable nature du lieu. Un muret bas, surmonté de lourdes grilles métalliques, contenaient la liberté, en laisse.

Passées les formalités administratives, Morgane et Pascal suivaient un infirmier dans un dédale de couloirs. Ce dernier avait un air aimable, mais aucun sourire n'éclairait son visage. Sans doute la promiscuité quotidienne avec un si grand rassemblement de détresses humaines.

Les peintures sur les murs étaient d'un aspect neuf, sans doute refaites récemment, mais les couleurs étaient de celles dont on ne se souvient pas vraiment, unies, ternes, du blanc et du rose pale. C'était comme si la thérapie commençait dés le couloir; on traque le clinquant, l'éclat, les différences. Enfin la porte s'ouvrît sur la chambre, elle était inondée par la lumière du soleil qui entrait par la fenêtre. Morgane baissât instantanément la tête, réclamant à Pascal de fermer les volets. Le soleil avec ses bras de lumière, apporte le jour et s'immisce partout tel un voyeur. Au contraire de la nuit qui camoufle, enveloppe de son noir manteau, il n'est pas le bienvenu dans l'univers d'un dépressif.

Ici, il n'y avait pas de volets, seulement des barreaux derrière les vitres et à l'intérieur un double rideau de toile grossière, pour tenter d'arrêter la lumière.

En s'asseyant sur le lit, Morgane esquissât une grimace; la literie était trop molle. Aidée de Pascal, elle déballât ses affaires et disposât, tant bien que mal, tout son univers. Ainsi la petite étagère au-dessus du lavabo était-elle la réplique exacte de celle de sa salle de bain. Morgane se raccrochait au monde qu'elle quittait, à son monde : une bouteille de sa boisson préférée, ses bombons sans sucres, son livre de chevet. Tous ces objets pouvaient laisser penser que l'on avait le loisir de tout emmener avec soi, mais Morgane savait bien au fond d'elle que ça n'était pas vrai. Pascal partirait tout à l'heure, alors cet endroit ne serait jamais la maison, sans Jean, ni Pascal.

Dans la chambre, on trouvait aussi une vieille armoire avec une penderie sans cintre et une étagère recouverte de vinyle à grosses fleurs marrons et jaunes. Sur la table de chevet, il y avait un téléphone, sans cadran, juste un simple voyant lumineux et une ligne qui n'atteint que la pièce du personnel médical. Et dans un coin de cette chambre de 8 ou 9 m², une potence en vieil inox, avec 2 maigres branches vides.

Le temps avait passé, déjà il fallait aller chercher Jean à la sortie de l'école; Morgane priât Pascal de s'en aller, elle n'aimait pas les adieux, et dans cette atmosphère lourde, l'instant était encore plus éprouvant.

Un léger effleurement de leurs joues, une caresse de leurs lèvres et Pascal tournât le dos. Il ne put articuler aucun mot, Morgane dans sa tête avait commencé à aligner les petits traits; des groupes de sept barrés d'une diagonale.

Au passage de la porte, Pascal croisât un infirmier qui entrait avec un cathéter, une aiguille et un sachet translucide rempli d'un liquide tout aussi translucide.

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