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Il faut savoir lire et surtout accepter les messages que nous envoient le doute ou la peur. Raconter encore et encore, comme une thérapie.

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Première fois

 

En longeant le quai, ce matin là, je fus surpris; tout me semblait beau! Le léger clapotis de l'eau sur la coque des bateaux, la mélodie du vent qui jouait dans les manilles. Et l'odeur! Celle de la mer, qui entre dans la ville par le port, celle de la pêche dans les cales des chalutiers.

Suivi pas à pas par le soleil, déjà haut dans le ciel, je passai devant les étals, gorgés de poissons frémissants; quelques femmes à l'allure de matrone interpellaient les badauds, avec dans leurs voix cet accent, si caractéristique, qu'elles semblent chanter. En retrait sur les bateaux, leurs hommes, des pêcheurs qui étaient de retour après une nuit en mer, regardaient ce manège en buvant du café. Dénouer, réparer et plier les filets, laver le pont, ranger les casiers , il y avait encore tant à faire, avant de profiter d'un repos bien mérité.

Le banc n'était plus loin, à présent. Le banc, « ce banc, et pas un autre », était notre point de rencontre; pourquoi, cela n'a jamais vraiment été clair dans mon esprit, sans doute était-il proche d'un arrêt de bus! Ou bien était-ce la toute petite boutique, en face, de l'autre côté de la rue, sous les arcades du quai des Belges? 2 mètres de large sur 3 ou 4 de profondeur, un comptoir vitrine et en vente tout ce qui pouvait s'imaginer de sandwiches et boissons gazeuses. Mais par-dessus tout le meilleur « américain » du monde!

Assis, je regardai scrupuleusement, ceux qui s'arrêtaient, les gens qui descendaient, et je me posai mille questions. Où va ce monsieur à l'air pressé? Et cette dame qui hésite?

Un parfum entêtant m'extirpât de mon étude sociologique; certainement quelqu'un qui avait un rendez-vous galant et qui avait laissé cette trace en frôlant mon banc.

Rendez-vous!!! Moi aussi j'avais un rendez-vous! Qui n'était, d'ailleurs, toujours pas arrivé. Quand, enfin, au quatrième 35 qui stoppait, un flot humain l'amenât jusqu'à moi. Elle pressât son corps contre le mien et je sentis naître une envie que je ne savais pas nommer et que je ne connaissais pas non plus très bien. Le programme, simple, était justement qu'il n'y en avait pas vraiment un. Nous commençâmes à remonter cette avenue, qui trempe ses pieds dans le port et pose sa tête aux Réformés. Je serrais sa main dans la mienne, comme mon plus précieux trésor; je n'avais jamais vu de mains aussi petites, des doigts si fins, et avec ça d'une douceur envoutante. Un bar, une grande agence de voyage, une boutique de cartes postales pour touristes, un tabac, les devantures défilaient.

Aujourd'hui encore, je ne saurais expliquer ce qui nous poussât à prendre cette petite rue, ni ce qui nous arrêtât devant cette porte vitrée où étaient affichés prix et prestations du lieu. Un billet de 50 francs, en échange d'une clef et quelques volées de marches plus tard, nous étions dans une chambre. Nous étions adolescents tous les deux, la facilité d'accès m'étonne encore.

Le mobilier était vieux, la tapisserie sur les murs, pas très jolie, mais je crois que nous n'y avons pas prêté beaucoup attention. J'étais planté au milieu de la pièce, espérant de l'aide, qui ne viendra jamais. Elle passât à côté de moi, pour déposer sa besace de GI, sur la chaise. Son parfum s'enroulât tout autour de moi, m'invitant à me retourner, ce que je fis.

Les volets, derrière les vitres, étaient mi-clos; elle était là, entre la fenêtre et moi et par le jeu, magique, du contre-jour, je pouvais distinguer les courbes de son corps. J'aimais ce que je voyais.

Chacun de ses gestes était précis, millimétré, exécuté avec une extrême fluidité. Un peu comme au ralenti, ses vêtements glissaient un à un sur le sol. Elle me murmura: «Viens! », le son de sa voix me tirât de l'état contemplatif dans lequel j'étais plongé; je ne pouvais plus quitter des yeux son corps nu. Elle saisit ma main et m'attira vers elle; au moment où elle entrât dans mes bras, j'entrai dans son monde. Un monde sensuel, désinhibé.

Je voulais avoir plus de mains, pour caresser son corps partout en même temps! Je voulais tellement ne rien perdre, elle était si désirable, j'adorai ses boucles tombants sur ses épaules, la peau fine de son cou, ses seins, ses hanches et sa taille de femme. Elle s'allongeât sur le ventre, malgré la pénombre, je la distinguai parfaitement, bronzée, sur fond de draps blancs. Je me lovais au creux de ses reins, contre ses fesses, non sans avoir pris quelques lumineuses secondes pour les contempler. Étendus sur le lit, mon éblouissement fût total, il y avait de la sueur sur nos fronts; le sublime m'emportât aux confins d'un monde suave et enchanteur.

Dehors, des voitures klaxonnaient, des gens allaient et venaient sur les trottoirs, les restaurants préparaient les tables, les belles de nuit commençaient leurs cent pas, la vie nocturne s'installait peu à peu à l'Opéra.

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