Il faut savoir lire et surtout accepter les messages que nous envoient le doute ou la peur. Raconter encore et encore, comme une thérapie.
C'était un jour de commémoration, un jour où les drapeaux sont de sortie.
Les édiles, écharpe tricolore en bandoulière, rameutent un troupeau devant le monument aux morts de leurs communes. Ces rassemblements sont toujours plus impressionnants dans les villages, forcement, question de taille et de relativité!
Ce jour là, une classe, d'une école, pas encore fermée par la nouvelle carte scolaire, a préparé un texte ou une chanson, en même temps que le dépôt d'une gerbe. Les parents sont, eux-aussi, présents, fiers dans leurs beaux habits; ils viennent voir le petit. La maîtresse, connue de tous au village, accompagne ses élèves avec forces articulations, à s'en décrocher la mâchoire, mais aucun son ne sort de sa bouche. Les applaudissements, à la fin de la prestation, sont un peu les siens.
Sur la stèle, au centre de la place centrale, sont gravés noms et prénoms de ceux, enfants du pays, qui sont partis combattre, appelés par la patrie. Une patrie, soit dit entre nous, qui à l'époque, n'a pas envoyé sa propre progéniture la défendre aux marches du pays, sur des terres ensanglantées, où reposent les illustres ainés des plus grandes et plus anciennes familles des villages de France.
Puis le maire égraine l'appel aux morts, avant la dispersion.
Bien entendu, le grand quotidien régional a dépêché sur place son correspondant local et demain, tout sera relaté. Il ne serait être question de perdre des lecteurs!
La presse féminine a son marronnier de printemps : les régimes, la PQR a son marronnier du mois de mai. Celui du 8, des conservateurs purs et durs, ardents défenseurs d'une vieille idée d'une vieille France que notre empereur veut faire renaître.
Mais sur qui pleurez-vous? Sur votre chagrin, sur vous-mêmes?
Ce sont les vies d'autres, qui ont cessé, loin de leurs terres natales, pas les vôtres, pas les nôtres. Nous qui sommes encore là, chaque 8 mai, pour culpabiliser ceux qui osent sourire un tel jour.
Ainsi, ON me regarde de travers, moi qui ose traverser le village, au volant de mon véhicule, alors qu'une trentaine de personnes bloquent, du droit divin, la rue principale du village.
Moi, je pense à tous ces jeunes, sortis de leurs champs, de leurs universités, descendus de leurs tracteurs, de leurs motocyclettes, délaissant le cour des saisons, de leurs vies, pour se faire cueillir à l'aube, par la folie des Hommes.
Ecce homo.
Je sortais de mon troisième contournements de centre ville, lorsque ma pensée, errait ainsi. Au même moment, choisi, par le Barde Celte, pour slamer un de ses plus beaux texte : Délivrance.
Dans bref instant, carrefour où se sont télescopés une multitude de sentiments, j'ai pleuré, sur le monde et sur les Hommes.
Appelez-moi rêveur, naïf, chantre de l'angélisme, où même gonzesse, tafiole! Peu m'importe au fond, aux cœurs secs et aigris, aux esprits froids et cartésiens, je préfèrerais toujours être en capacité de vivre, de ressentir, de verser des larmes sincères. Elles resteront les témoins de mes souffrances d'êtres humains, de mon désir éternel et profond de justice et d'égalité pour tous.
Le 8 mai ravive des souvenirs douloureux, faut-il donc avoir des alarmes pour ne pas oublier? Et sinon, le 7 ou le 9 mai, que se passe t-il? Il y a obligation de se souvenir le 8 mai?
Chaque jour, j'ai mal à l'humanité, chaque jour est une nouvelle honte écrasante, et comme seule réponse, un angoissant écho, à l'infini : pourquoi?