Il faut savoir lire et surtout accepter les messages que nous envoient le doute ou la peur. Raconter encore et encore, comme une thérapie.
Voilà une autre vision des choses, moins littéraire certes, mais peut-être amusante!
Houlala, plus qu'une heure avant le départ, les valises sont bouclées, le chien se tapit prés des bagages espérant venir avec nous, tout en sachant que c'est perdu d'avance. Ça y est, ding dong... une copine de maman vient nous chercher, nous jeter à l'aéroport. Une heure plus tard on décolle; dans l'avion, le baratin ( qui pourrait nous sauver la vie ) habituel, puis le service boisson :
Vous avez du champagne, s'il vous plaît?
Non, désolé.
Tu parles! On paye bien assez cher pour avoir du champagne.
Papa, maman et moi, nous voulons mourir joyeux si l'avion devait s'écraser.
Enfin, on arrive, on prend nos bagages, on prend la navette et nous y voilà! A l'hôtel évidemment. « On se pose » et nous repartons pour manger un morceau. Je suis bien content qu'il n'y ait pas eu de champagne dans l'avion car on se serait écrasé...de rire à cause de maman. Figurez-vous qu'elle a bu un kir d'un coup sec. Et après cela...quelle Bérésina. Voilà, j'abrège; direction l'hôtel et dodo, demain c'est l'anniversaire de papa. 20/03/1999. Orly, lieu magique où l'on rencontre toujours quelqu'un de « connu ». Aujourd'hui, nous avons droit à Pierre Durand, et il a accepté d'écrire un petit mot pour Julien, grand fan et pratiquant d'équitation. 9H50, c'est long... 20H30, dans notre superbe studio, tout neuf, avec clim, je peux dire non, ce n'était pas long. 10 heures plié, sur un siège d'avion, ça c'est long! Les repas, le film et la boutique à bord sont agencés de façon a bien couper le temps, mais ça reste long. La seule véritable solution efficace : dormir! Dés la sortie de l'avion, la chaleur monte, nous tombe dessus; heureusement un léger vent apporte un peu de fraîcheur. Les bagages, la voiture et direction Sainte-Lucie, où nous prenons place dans notre luxueuse chambre. Je vous laisse pour ce soir, Julien et Maude dorment, je vais éteindre et les imiter.
21/03/1999.
La journée a été fructueuse; nous avons rencontré les nouveaux amis de Maude et Julien, et nous leur avons proposé de nous accompagner. Ils ont accepté.
Ils sont de la région de Reims et s'appellent Chantal et Pascal.
Nous voilà donc partis en voiture pour les Jardins de Balatan. Ce n'est pas loin, mais la route est sinueuse, mauvaise et étroite.
En chemin, juste avant les jardins, nous « visitons » un belvédère et enfin les Jardins. Des fleurs, des plantes et des arbres, des couleurs intenses, c'était super. On redémarre, direction un autre jardin : la Plantation Mc Kintosh. Le soleil joue à cache cache avec de gros nuages et je certifie que lorsqu'il gagne la partie, ça chauffe! Nous mangeons, dans ce dernier jardin. Maintenant, direction la mer. Soleil, eau chaude, sable blanc, nous profitons de la carte postale, c'est géant.
Il est temps de rentrer.
Au bout de cette épuisante journée, la tête embrouillée par le soleil, je ne tiens plus pour certain que très peu de chose : les coups de soleil font mal et je n'arrive plus à tenir le stylo...
Maude et Julien, eux, ont déjà cédé au sommeil, je décide de ne plus lutter.
22/03/1999.
Une journée passée avec Chantal et Pascal, une journée commencée sous la pluie et finie sous un soleil de plomb.
Aujourd'hui, nous avons pris un bateau pour aller à Fort de France en partant de la Pointe du Bout; 20 mn pour aller faire les magasins. C'est comme en métropole, sauf qu'il fait beaucoup plus chaud et qu'ici, j'apprécie d'entrer à l'intérieur des magasins. Nous avons aussi traversé le marché couvert où nous avons fait quelques achats : du punch coco, de la noix de coco et de la vanille. Tous les gens que nous croisons sur ce marché, ont l'air heureux de vivre. De vivre de trois fois rien et d'en sourire; et tout cela en vitesse modérée, sans s'en faire. Leur nonchalance est ahurissante, mais la forte chaleur explique certainement ce fait.
La majeure partie de la journée pour les magasins, le reste en repas et bains. Les bains, pris tout au long de la journée, sont comme autant de glaçons dans un verre d'eau.
Nous effectuons le retour par la route du bord de mer, je trouve cette côte, sauvage, moins verdoyante et moins jolie que tout ce que nous avons vu jusqu'ici.
De retour au village vacances, les amis de Maude et Julien nous invitent pour l'apéritif; champagne et biscuits salés, ils nous reçoivent bien.
Ensuite repas, des plats aux couleurs étranges, mais toujours délicieux.
Comme chaque soir maintenant, mes deux amours dorment, pendant que je griffonne ces lignes.
« Mulan, je ne vois pas beaucoup de chiens ici, et en plus je pense qu'ils ont trés, très chaud ! »
23/03/1999.
Je ne sais pourquoi je m'acharne encore sur ce cahier, plus personne n'en parle. A la base, ce devait être une sorte d'expérience, à mi-chemin entre l'essai psychologique et le souvenir de voyage original.
Bref...
Aujourd'hui, je dirais journée plutôt plage et en particulier sur la plus belle de toute l'île : les Salines. Il est vrai que l'eau est bleue, ou verte, le sable blanc, les palmiers ont les pieds dans l'eau, et la mangrove est mystérieuse.
Par la suite, nous avons visité une distillerie de rhum...enivrant.
De retour au village, douche et concours de rougeurs; tout le monde a été frappé, même Maude.
Ils dorment, je suis de nouveau seul; enfin, pas tout à fait, ma copine biafine me requinque.
24/03/1999.
Grande journée, aujourd'hui, rencontre du troisième type! E.T en personne, le dragon des Caraïbes, l'enfer sur terre, heu, sur mer; je veux parler d'Yvonne! Non pas mamyvonne, il s'agit d'Yvonne, la lionne de Papy Louis Félix Racine, qui a un bateau nommé Britanicus! Ça ne s'invente pas. Nous voilà embarqués pour une balade aux Fonds Blancs.
Comme je l'ai déjà dit, grande journée; autre rencontre tout aussi folklorique, celle d'Hector, qui vit sur un tout petit îlet, seul, avec une barque à moteur. Pas de murs ni de toit en dur, mais du poisson, un peu et du rhum beaucoup. Rhum qu'il boit quelques fois en compagnie de Frère, je ne sais plus comment, entre deux prêches.
A bord, il y avait aussi le « Lelouch » version chtimi, la caméra collée à l'oeil; arrivant du Pas de Calais, donc peau rouge, ongles longs et sales, dents noires, cheveux crades et une Ginette qui lui tourne autour, moche, vulgaire et tous les avinés.
Nous avions aussi M et Mme Tchang, en provenance directe de la porte d'Italie, des nems plein les poches.
Ajoutons un couple bicolore, Reine-Esther et Olivier; elle, chanteuse professionnelle, pas encore « connue », lui, « redresseur » d'affaires en difficultés. C'était leur troisième semaine dans les Antilles, dont une en croisière sur un voilier au milieu des Grenadines. 15 000Frs la semaine, sic Maude.
Tous, nous formons la sympathique troupe de « Love Boat », épisode « Tous aux Fonds Blancs ».
C'est un épisode, un peu trash de cette série familiale, où les personnages ne font que boire et se baigner. Ti-punch, Punch coco et planteur à gogo sur fond de zouk hurlant. Finalement, tout ce petit monde termine dans la « baignoire de Joséphine », endroit magique, en pleine mer. Et encore les mangroves, présentes partout, devant lesquelles je m'extasie; et je reprends en coeur avec Earth Wind and Fire : Let's mangrove tonight ! Bon OK, il est plus que temps que je dorme...
25/03/1999. Jour du relevé topographique complet de l'île : point de départ Ste Lucie, point d'arrivée Ste Lucie, 7H30 à 19H; aucun cul de sac ne nous a échappé, nous sommes allés dans tous les bouts, les fin-fonds et les extrémités des extrêmes. Nous avons fait aussi, des rencontres inoubliables, tel ce couple de travailleurs, fringants quinquagénaires, qui connaissaient peut-être un M Cascade mais pas de chutes d'eau. Tels aussi 3 bonshommes de la DDE locale, pelles et pioches en main, qui furent capables, en se concertant, sur une question de direction, de nous fournir 3 réponses différentes! A vous décourager de demander votre chemin. Il y a eu cet homme extraordinaire, la bonté personnifiée. Il travaillait sur une vieille voiture, devant sa maison, quand nous lui demandons notre route. Ni une ni deux, il saute dans une autre voiture ( qui fonctionne ) et himself en personne, nous accompagne. Attraction culturelle du jour, le musée de la banane. Tordons le coup à la mauvaise information, la banane est une herbe géante, pas un arbre! Il en existe environ 1500 espèces dans le monde. Certaines sucrées pour les desserts et d'autres moins ou pas sucrées pour des préparations salées. La coupe, la récolte, les greffes, tout est fait à la main; la mécanisation est impossible. Entre 2 fruits, coupure repas : sandwiches, glaces et cafés, avalés assez rapidement il faut l'avouer. C'est le moment du second fruit à la Maison de l'ananas. La visite guidée est faite en 4X4; 300 hectares dont 2/3 de bananes et 1 d'ananas, car Bruxelles subventionne bien la première des 2 cultures. L'ananas donc, mettez vos lunettes et écoutez : une fois plantée, l'ananas produit 1 fruit en 18 mois, le même plant produit 2 fruits; mais un greffon est fait à partir des feuilles du dessus. Super, pensez-vous, c'est éternel ! Oui, mais le problème vient de la terre, qui elle, s'appauvrit. Alors on fait tourner, on utilise les remplaçants : 18 mois on cultive l'ananas et pendant 5 ans la banane. Ajoupa Bouillon est la plus grande exploitation productrice d'ananas de la Martinique; elle appartient à un becqué ( colon blanc ) qui exploite, pardon emploie, en permanence 200 personnes. Donc tout se fait à la main, de la plantation à la récolte, un véritable travail de titan, payé au SMIC ! Ou es-tu, où es-tu, Victor? Sur le retour, nous passons au petit port de pêche du Prêcheur. Cette longue boucle tout autour de l'île, nous a montré un autre aspect de la Martinique; des suites de cases, en bord de route, des chemins défoncés, un habitat globalement insalubre. Le tourisme apporte certainement des devises et du travail, mais où est investi cet argent? Que n'est-il pas utilisé pour rénover, par exemple, quelques collèges aux grilles rouillées et aux murs lézardés? J'ai malheureusement le sentiment que le tourisme ne nourrit que lui même. Aussi, est-il illusoire, voire fallacieux, de dire que le tourisme apporte de l'argent à l'île; l'argent du tourisme, repart dans les infrastructures du tourisme: pour améliorer les plages, les hôtels, les restaurants, bref tout ce qui est très utile à la vie quotidienne des martiniquais ! Quelque chose serait pourri dans mon royaume de France? Spéciale dédicace à l'Ardéchois. Sur le chemin, nous avons aussi pris un bain à l'anse du Carbet, puis St Pierre et sa baie; l'eau est toujours parfaite, le soleil qui décline est moins teigneux. C'est ainsi, ici, que nous terminons cette grande journée, de retour à notre point de départ. Fort de France, Ste Lucie, c'était un peu comme Starsky et Hutch à la poursuite de Fangio. Ici, la conduite semble suivre des règles particulières; pour jouer, il faut les connaître, les accepter et pour finir, les pratiquer. Forts de cette maxime, nous nous sommes bien comportés! Une bonne douche, une bonne application de biafine et encore un apéritif au champagne avec les amis de Maude et Julien, qui nous avaient suivi une bonne partie de la balade. Aidés du champagne et de la fatigue de la journée, dodo pour tout le monde, je pose le styl... 26/03/1999. La vie est parfois étrange, les amis de Maude et Julien se sont séparés aujourd'hui; Pascal est parti pour une journée découverte en 4X4 et Chantal est restée pour trouver un cadeau à ramener à leurs 2 filles. Cette anecdote me fait penser à tous ces couples quadragénaires qui souvent se sont mariés sans vraiment connaître les désirs les plus profonds de l'autre. Et chacun les a rangé sur une étagère, prenant bien soin de fermer la porte du placard. Puis un jour, parce que quelqu'un trouve le bon bouton et l'actionne, la porte du placard s'ouvre, laissant sortir les fantômes. Alors là, c'est l'heure de vérité, ou le hasard a finalement bien fait choses et ces 2 êtres se trouvent des affinités ou le défaut de connaissance termine son oeuvre et 2 chemins se séparent. Mais je m'égare... Bref, Pascal et Chantal ne passaient pas la journée ensemble. De notre côté, aujourd'hui, nous avons fait de la haute mer dans un frêle esquif d'eau douce. Par moment ce fut effrayant, très soutenu physiquement, je peux l'avouer à présent ( que nous sommes revenus sur la terre ferme ), j'ai balisé grave! Dernière journée, derniers rayons de soleil et dernier dîner buffet. Une chose est sûre, on se promet de recommencer, peut-être pas ici, au même endroit, mais recommencer ce dépaysement, cette aventure, cette liberté, cet oubli de tout. La beauté de la Martinique tient en peu de mots finalement; un en particulier regroupe les idées généralement émises au sujet de cette île : paradis. En principe, il fait toujours beau et chaud, ensuite l'eau et les plages sont belles. C'est vrai qu'elles donnent la sensation de se baigner dans un documentaire ou une carte postale. Le seul véritable inconvénient, surtout pour les zoreilles, c'est le soleil. Le soleil roi, qui règne en maître absolu. Pour éviter les insolations, il faut composer, car résister ou se battre est pure folie, vouée à l'échec! Il faut donc organiser sa vie, ses sorties en fonction de lui, choisir ses protections avec soin. Toute l'infrastructure immobilière donne l'impression d'avoir été bâtie à la va vite, sans réflexion ni concertation. C'est vrai, la Martinique est une destination privilégiée pour les amoureux des bains de soleil et de mer; pourtant cela est réducteur et surtout, il ne faut pas perdre de vue que s'y rendre ( en venant de métropole ) est déjà le signe d'une certaine aisance, et rien que ça, doit déjà nous persuader que nous sommes privilégiés. La pauvreté et la misère sont tellement présentes, que le touriste avec son Canon pendu au cou, sa voiture de location, son Nokia aux multiples sonneries et sa tenue Nike de chez Reebok, est une agression pour les locaux. Ces derniers vivent mal de faire partie intégrante d'un show commercial, et je comprends leur sentiment. Ce séjour restera en moi, comme son plus glorieux prédécesseur : les USA. Des souvenirs en nombre qui nous ferons, je l'espère, un esprit plus ouvert. Parmi ces souvenirs, une température que je n'aurais jamais cru possible et à laquelle je ne me serais pas cru capable de survivre. Et que dire de la découverte de ces horizons alcooliques insoupçonnés, n'est-ce pas Maude ! Le choix de notre formule de séjour, après coup, me paraît le meilleur. Nous avons pu ainsi mieux rencontrer la vie locale, évitant les excursions organisées des Tour Opérators. Nous avions un lit pour la nuit et le repas du soir assuré; pour le reste c'était à nous d'organiser les journées. Dans la rubrique remerciements, je te place au tout premier rang, toi Maude. Initiatrice du projet, tu nous a concocté une semaine sans temps morts, variée, mais pas militairement minutée. Julien et moi te disons : « Bravo, you're simply the best ». Allez, amis du dodo, j'arrive. 29/03/1999. Dur, dur, je n'ai pas pu écrire depuis 3 jours !!! En fait le 27 était notre dernier journée au paradis. Dans l'avion du retour, je ne réalise pas tout à fait; mes vêtements sentent encore le sel, les sandales aux pieds et les têtes que tu as côtoyé durant tout le séjour donnent encore un goût de vacance à ces instants et ne te ramènent pas vraiment chez toi. En fait, la véritable prise de conscience s'est faite un peu avant d'atterrir, quand le commandant de bord a annoncé la température extérieure : 4°! Brusquement tu passes de minimum 30 à 4; le choc thermique est plutôt un électrochoc thermique. Et là, tu sais, tu comprends soudain que tu es revenu et qu'il va falloir reprendre où tu avais tout laissé, il y a... En fait je ne sais plus combien de temps s'est écoulé, une éternité trop courte, ça c'est certain. Le retour complet et total dans les activités quotidienne est plus difficile que je ne le pensais; durant une semaine tout et tous étions détendus, maintenant nous devons retendre, il est impossible de gérer « une vie métropolitaine » avec la cool attitude de la Martinique. FIN.