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Il faut savoir lire et surtout accepter les messages que nous envoient le doute ou la peur. Raconter encore et encore, comme une thérapie.

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Bet & lost fast

En entrant, la première chose que j’ai remarqué, c’est un brouhaha indescriptible. De la fumée, des gens attablés, d’autres devant le comptoir, et la serveuse qui allait et venait partout dans la salle.
Je pouvais voir aussi, un écran de télé, dans le fond, accroché au mur ; MTV, Thorn, N.Imbruglia.
Je cherche une place, d’un regard circulaire je fais le tour ; enfin, au comptoir, tout au fond, je devine un bout de zinc libre. Je me dirige vers ma découverte, laissant mon père devant des choix cruciaux : quelle cotte, quel handicap, quel jockey, les derniers résultats…
Je suis assis maintenant, le patron m’interroge d’un signe de tête ;
         -« Un café, s’il vous plaît. », je réponds.
J’allume une cigarette, jette un œil vers mon père, il est plongé dans un journal. Alors, j’ouvre grand, mes oreilles, et je tente de capter, tous les bruits, les sons, que je peux. Mon café arrive, j’adore voir cette mousse sur le dessus, la fumée qui s’envole, la petite cuillère chaude. Je déchire le stick de sucre et me voilà touillant…
Devant moi, 2 types, demi en main, parlent d’un match de foot de la veille ; drame régional, le Téfécé, à la maison, a été ridiculisé 4 à 0. Selon ces 2 supporters, la moitié de l’équipe est bonne à jeter, l’autre moitié doit se bouger encore plus et l’entraîneur devrait, selon la rumeur, être remplacé ; Gillardi l’aurait laissé entendre hier sur la Une.
Sur ma gauche, à une table, que je domine du haut de mon tabouret, l’accent très « pays », est de mise. Un quartet du troisième âge, se déchire, en tout bien tout honneur, avec les pronostics de chacun et surtout les arguments assénés, ponctués systématiquement par un « boudiou ». Finalement, un des quatre, se lève et brise la farandole fleurie qui sortait de leurs bouches ; sa décision est arrêtée, maintenant, il va valider !
Mon père, à cet instant, est toujours le nez dans son journal…
Quelques « gros mots », venus de quelques mètres devant moi, attirent mon regard ; en fait les regrets de 2 types en survet et blousons de cuir qui se lamentent en pointant du doigt un écran, face à eux, au dessus des étagères à bouteilles. J’observe un instant, il semble qu’il s’agit d’un tirage au sort, effectué par un ordinateur, parmi les cinquante numéros d’une grille, affichée à l’écran. Et ce tirage au sort, s’effectue, en tout cas il me semble, toutes les 5 minutes. Je comprends, à présent, à quoi servent les grilles en papiers, dans les présentoirs, un peu partout sur le comptoir.
Mon père regarde, à présent, des feuilles accrochées, à une tour lumineuse, verte et blanche ; là encore, à même la tour, des tas de présentoirs avec des tas grilles à remplir, en cochant des numéros de chevaux.
Devant lui, un comptoir aux tendances bleues et rouges, illuminé et sur le dessus une vitrine. Une femme, s’acharne à rayer la vitrine, du moins, c’est ce qu’il me semble de ma place. Je me penche, à droite, à gauche, enfin, je cherche une meilleure vue ; en fait elle gratte ! De petits bouts de cartons, multicolores, puis en jette certains, en tend d’autres à la buraliste, pointe du doigt quelque chose dans la vitrine et recommence à gratter de nouveaux bouts de cartons, toujours avec frénésie.
Mon père dépose plusieurs liasses de grilles sur la vitrine, celles pour les chevaux, celles pour les numéros. Il en sort d’autres, de sa veste, qu’il avait amené avec lui ; au bout du compte, la dame derrière le comptoir lui donne de l’argent !
Il aurait plus gagné, hier, que ce qu’il s’apprête à perdre aujourd’hui?
J’ai fini mon café, je dépose le compte à côté de ma tasse vide, et je rejoins mon père ; comme il a fini nous sortons ; l’Australienne a fini, depuis un moment déjà, je pense, c’est à présent Muse qui chante Starlight.
Une fois dans la rue, je me retourne ; au-dessus de la baie vitrée du bar, trônent les enseignes des 2 principales boîtes à paris légaux du pays.
En ce dimanche de fin d’année, il y a du brouillard jusque sous la halle du 13ième, et je me dis en m’éloignant, que les « phares de ralliements » ont bien évolué ! En d’autres temps, les cloches de quelque prieuré, venait au secours du voyageur égaré ; ou encore une lanterne rouge, annonçait quelque lieu très particulier de la civilisation citadine. Alors que de nos jours, un trèfle ou un cheval en néons, nous renseignent sur le niveau de modernisme, du village où nous nous trouvons.
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