Tu as déployé tes grandes ailes au-dessus d’un immense navire, échoué, aux multiples hublots ; papa parti, maman absente.
Tu as survolé des petits ruisseaux, sous terre, qui charriaient des immondices, pas fier, tu apprenais à voler, c’est difficile hors du nid et tu n’avais pas de nid.
A chaque amerrissage raté, tu repartais, le sourire au bec, tu as buté 10 fois, cent fois, au carreau de la chance.
Pourtant, seul, tu as toujours recherché les vents ascendants, parce que tu savais que le beau est en haut, plus haut.
Après tant de ténacité, tu as réussi ; un beau matin, tu es monté haut dans le ciel, assez pour dépasser le plus haut mât de ta prison. Tu as gagné le large, trouvé ton rocher, sur ton coin d’île.
Tu as construit un nid, tu l’as offert et tu as travaillé à l’entretenir; la roue de la vie a tourné et tu t’es vu, à ton tour, poussant hors du nid, un petit être à l’allure si fragile. La vie trouve toujours un chemin !
Mais le destin de ceux de ton espèce, c’est de voler, de survoler l’immense océan et les géants qui la sillonnent.
Tu as accompli ton destin, tu as volé très loin, jusqu’au couchant ; et tu l’as vu, sa silhouette se détachait dans l’orange flamboyant, partout autour l’eau, à perte de vue, à perte d’ailes, rien que de l’eau et la nuit qui commençait à tomber.
Tu t’es posé sur la dunette et comme il arrive parfois aux grands oiseaux marins, tu es resté piégé sur ton rêve, tu n’as pas pu repartir au matin.
Une histoire d’anémie, de faiblesse, de vertige, d’essoufflement et de points rouges sur ta peau ; mauvais tour joué par des globules.
Je ne sais pas où te tu trouves ! Certainement au pays de l’oiseau lyre, alors vole, vole mon albatros, prends les courants, vole, vole… Je peux te voir.