Il faut savoir lire et surtout accepter les messages que nous envoient le doute ou la peur. Raconter encore et encore, comme une thérapie.
29 avril 2016, Pierre, Dakota du sud, voici une dépêche que l’on pouvait lire dans les pages locales de Argus Leader. Article signé : S. Weddington. Dans l’après-midi de samedi, au St Mary hospital, une jeune fille s’est automutilée avec une paire de ciseaux. Elle sortait d’une consultation avec le gynécologue de l’hôpital, et venait d’apprendre qu’elle était enceinte de 2 semaines. C’est dans un box des urgences qu’elle s’est saisi de la paire de ciseaux et s’est frappée à plusieurs reprises l'abdomen. Eviron 3 ou 4 de coups avant que des infirmiers ne puissent la maîtriser.
Dans un état très critique, elle est actuellement dans ce même hôpital en soins intensifs et les médecins restent extrêmement réservés quant à leur diagnostic. S. Weddington, jeune journaliste, fraîchement diplômée, est une jeune femme idéaliste et curieuse. Très choquée par cet événement qu’elle vient de retracer en quelques lignes, elle s’interroge pourtant ! Pourquoi ? Qu’est ce qui peut pousser une jeune femme, qui vient d’apprendre sa grossesse, à un tel acte ? Elle prit alors sur elle de commencer une enquête. Elle a rencontré le personnel de l’hôpital qui était de service ce jour là, le médecin urgentiste qui est intervenu, le gynécologue qui venait de recevoir la jeune femme, ainsi que sa famille, ses proches et ses voisins. Dix jours plus tard, en page une du journal paraissait l’article ci-dessous. Le 8 mars dernier, J .Roe a croisé l’horreur. Jeune fille de 19 ans, elle vit dans le quartier populaire de Wade avec ses parents et un frère plus âgé. Son père est sans emploi depuis 1 an, d’un caractère plutôt violent, il vit mal sa situation professionnelle et a déjà été arrêté pour conduite en état d’ivresse. Norma, sa maman, est ce que l’on a coutume de nommer une femme de devoir, catholique et plutôt craintive devant son mari. Henry, son frère, est âgé de 21 ans, battu et entièrement sous la coupe de son père. Ce funeste 8 mars, Norma se rend à Sioux Falls, chez sa sœur. C’est pendant cette absence que le père et le frère de J .Roe vont abuser d’elle, visiblement sous l’emprise de l’alcool. Au retour de la mère, les agresseurs par la menace physique ont tenté de monter un improbable viol par un encore plus improbable voleur qui se serait introduit dans la maison en leur absence. Je crois que c’est le second viol subi par J .Roe ; sa propre mère, accepta l’histoire, version cambriolage. Soutenue et poussée par une amie, J .Roe s’est présentée à la porte d’une association qui aident les femmes victimes de violences et d’abus familiaux. Ainsi elle a porté plainte et une instruction et un procès sont toujours en cours. Henry et son père sont en détention, quant à Norma, judiciairement innocente, elle a sombré dans une névrose quasiment cataleptique. Le 29 avril dernier, J .Roe venait donc à l’hôpital pour une visite avec un gynécologue. Quand elle est ressortie, seule, elle s’est sentie abandonnée par la terre entière et n’a vu qu’une solution à son malheur. Elle venait d’apprendre qu’elle était enceinte ; enceinte des suite d’un viol perpétré par son propre père et son propre frère, que sa mère avait fermé les yeux, que l’enfant à naître aurait pour père soit son grand-père, soit son oncle. Et surtout qu’en vertu d’une loi promulguée par le gouverneur de l’état le 4 mars 2006 et confirmée, il y a quelques jours, à la suite d’une bataille juridique de 10 ans, par la cour suprême. Il était impossible pour J .Roe d’envisager ne serait-ce que l’idée de cette grossesse ; porter et mettre au monde un enfant a une signification bien réelle pour une femme, c’est un désir, un appel du plus profond de la nuit des temps. Ce sentiment, aucun homme, même le plus en fusion avec son épouse, ne le connaîtra jamais. J. Roe a été la énième victime du syndrome d’Eve ; l’ancêtre de toutes les femmes des quelles l’homme a voulu sanctionner ou contrôler la sexualité. A l’heure où je pose les dernières lignes de cet article, les prestigieuses têtes du mont Rushmore ont rougi, J. Roe est décédée. Ayant porté le coup fatal, elle tombe sous le coup d’une peine de prison. Dakota en langue Sioux, signifie AMI. Très affectée par ce tout premier article, S. Weddington, n’a pu continuer à exercer son métier de journaliste. Après un nouveau parcours, elle est aujourd’hui, installée à Washington, comme avocate féministe reconnue.