Il faut savoir lire et surtout accepter les messages que nous envoient le doute ou la peur. Raconter encore et encore, comme une thérapie.
Chroniques de la Pédale Jégunoise.
Cahors, ville départ.
Ce matin, Lionel a mal partout, il a eu du mal à s'endormir; son esprit était préoccupé, sans doute une commande non traitée du Leclerc Eauze...
Quoi qu'il en soit, après 3 biscottes au blé, tartinées de beurre et un grand café, il faut partir. Là, sur un des chemins de Saint-Jacques de Compostelle, sur la Via Podiensis, calculant la route restante, Lionel fait sienne la devise de Cahors: « Sém de Caors, avém pas paur! ».
La Bastide-Murat, kilomètre 38, ici nous entrons dans le parc naturel des Causses. Sur la D677, première alerte. Une petite, mais tenace douleur, pointe dans le genou de Lionel. Il se dit qu'il doit tenir, alors il parle à son corps: « Résiste! Tiens le coup, encore je t'en prie!! », et mu, par la force de caractère qu'on lui connaît, il ignore, jusqu'à oublier la petite douleur.
Gramat, kilomètre 60, les plus jeunes sont devant; mais cela n'a pas d'importance, il s'agit d'une performance de coeur, pas de chrono. Quelques dolmens et tumulus, allez savoir pourquoi nos très lointains ancêtres s'étaient établis dans ce coin reculé?
Lionel relève la tête, et le dos, il passe devant le centre de dressage cynophile de la gendarmerie nationale. Eh oui, aujourd'hui, la moustache et un début de bouc bien rasés, bien peignés, il est loin le temps où Lionel, le rebelle, contestait l'autorité dans les rues de la capitale...
Sur la D673, nous arrivons à Saint-Jean de Lespinasse, kilomètre 78. Lionel a une envie pressante, la pause déjeuner vient à pic. Nos joyeux compagnons s'installent au pied de l'église Saint-Jean Baptiste, prés du lavoir. Boudin de langue, confits de canards accompagnés de flageolets, un fruit et du café, composent leur frugal repas. L'épouse d'un de nos joyeux cyclistes (je tairai son nom pour ne pas jeter l'opprobre sur sa famille), proposât un armagnac et tous, sans exception, acceptèrent.
C'est ainsi, sur la D130, puis la D940, qu'on a pu voir, en début d'après-midi, notre Lionel, en danseuse, à la manière d'un Pantani grimpant le Mont Ventoux; un véritable mobylette, au moins pendant... Une centaine de mètres...
Bretenoux, kilomètre 87. Nous passons la Cére, par le pont situé face au camping « La Bourgnatelle », puis nous longeons la Dordogne.
Altillac, kilomètre 95, par la D12, nous continuons à longer la Dordogne; la route est touristique, la vue magnifique, mais sinueuse aussi. Au passage de Brivezac, la douleur de Lionel se réveille. La seconde journée n'est pas encore terminée et déjà le spectre de la voiture balai se profile... Cette horrible 407 rouge lie de vin pas cher... A travers les larmes de sa souffrance, il la voit approcher. C'est un cauchemar, son allure a considérablement ralenti, son pote René se porte à sa hauteur, lui glisse quelques mots d'encouragement; nous ne saurons jamais, mais Lionel repart, oh pas très vite, mais il semble retrouver un peu de force, le coup de pédale paraît plus léger, la bête est moins courbée sur sa machine.
Enfin, au bout de lui même, Lionel voit le panneau Argentat, kilomètre 120 et terme de l'étape. Fier de sa réaction, il roule à présent en roue libre, sa chevelure flotte au vent, tandis qu'il longe le quai Lestourgie.
Les quartiers de nuit sont établis à la « Croix Verte », chambres d'hôtes.
René, s'il vous plaît, vous pouvez nous dire à présent; quels mots de réconfort avez-vous trouvé? « Ben, en fait, je lui ai promis, s'il ne posait pas pied à terre que je lui donnerai une caisse de Côtes de Saint-Mont! ».