Il faut savoir lire et surtout accepter les messages que nous envoient le doute ou la peur. Raconter encore et encore, comme une thérapie.
Jégun.
La journée, de notre départ, est plutôt belle; tout le village, au moins 30 personnes, est sur la place centrale pour acclamer ses héros! Certains ont même déployé une banderole sur laquelle est inscrit : « Allez, les petits, faites nous honneur! ».
Direction Lavardens, la D103, nous roulons à présent vers Préchac, puis Lagarde.
Fleurance, kilomètre 23, nous attaquons la D953.
En croisant la halle et ses statues fontaines, Lionel peste contre sa tenue « La vie claire », qui ne lui va plus du tout. Il l'a acheté lorsqu'il a commencé le vélo, il y a bien longtemps; il avait un rêve, une image gravée, à tout jamais, dans son esprit! Il voulait avoir son arrivée à lui, la même que celle du « Blaireau » et de son fidèle compagnon Lemon à l'Alpe en 86.
St Clar, kilomètre 34, puis Gramont. Lionel est d'humeur butineuse, en passant devant le musée du miel. Nous prenons la D88, direction Peyrecave.
Mansonville, kilomètre 53; Lionel, cueilli à froid par une colline, accuse une petite fringale. Il attrape prestement une pâte de fruit dans sa poche arrière. Nous nous engageons sur la D953 pour enjamber l'autoroute, puis à nouveau la D88.
Auvillar, nous passons la Garonne. Lionel retrouve un coup de pédale fluide. A Espalais, c'est le canal latéral de la Garonne que nous passons.
Valence, kilomètre 72, nous empruntons la D953, et suivons un instant la Barguelonne, lassive. Puis nous traversons St Pierre de Nazac.
Lauzerte, kilomètre 97, c'est l'heure de se restaurer. Le stop est programmé dans le Jardin du Pèlerin; l'assistance est bien là, Lionel reconnaît la 407 rouge. Plusieurs plaids sur le gazon nous attendent, les accompagnateurs ont préparé les pâtés, la saucisse sèche, et aussi le jambon cru. Lionel avale, ensuite, 2 hachis parmentier Bolino, une rasade de Tursan.
La joyeuse troupe se remet en marche sur la D54, puis la D7, suivant le Lendou et évitant Montcuq.
Lascabanes, K114, dernière ligne droite, Lionel a les jambes lourdes.
Enfin, la N20, la fin de l'étape est proche, encore quelques mètres...
Lionel, soudain intenable, démarre, en danseuse, un sprint à la Cippolini. Son pote Robert lui suce la roue. Plus ils avancent, plus Robert remonte à la hauteur de Lionel. Tout à coup, ils roulent côte à côte et alors qu'ils passent à hauteur du panneau indiquant Cahors, leurs mains s'élèvent et se joignent à la manière d'une arche. Lionel se retourne, comme pour chercher Bjarn Riis, au loin...
Nous sommes au kilomètre 132, la première journée s'achève dans une chambre d'un Hôtel Kyriad. Ce soir Lionel s'endort des étoiles plein les yeux; il a réalisé son rêve, demain il pourra remiser sa tenue « La vie claire ». Demain il enfilera la neuve, cadeau de Noël, celle aux couleurs « Z ».