Il faut savoir lire et surtout accepter les messages que nous envoient le doute ou la peur. Raconter encore et encore, comme une thérapie.
Argentat, départ. Gérard, notre secouriste, a passé une grande partie de la soirée, à tenter de convaincre Lionel de renoncer à l'étape du jour. Mais rien n'y fait, il a la caboche dure notre Duclos à nous!
D980, nous passons Haute-Brousse, puis , à Saint-Privat, Lionel ressent à nouveau une douleur au genou; il change de braquet, mouline un peu plus, serre les dents et, pour le moment, tient le coup.
Pleaux, kilomètre 31, ici on croise des Salers et pas mal d'anciens fours à pain. Nous roulons maintenant sur la D680, Bouval nous offre la statue de son abbé martyre.
Par la D681, nous entrons dans Mauriac, kilomètre 51; nous sommes au pied des Monts du Cantal, mais pas le temps de s'arrêter pour s'amuser au centre aqua-récréatif, nous avons un objectif, il faut rouler, encore.
Nous passons Labesse par la D678, puis nous sautons sur la D682. Depuis le début de l'étape, l'altitude ne cesse de grimper, nous devons être aux alentours de 600 m. Lionel est bien calé dans le peloton qui forme un éventail
La D682 nous conduit sur le pont suspendu de Saint-Projet qui surplombe les gorges de la Dordogne. Lionel, au milieu de ce décors grandiose est à la peine, il pioche, dodeline, soudain il déchausse et balance d'un côté et de l'autre de la rue; enfin, il réussit à s'arrêter au bout d'une vingtaine de mètres. Heureusement, aucune voiture dans les parages. René, toujours le bon samaritain, fait demi tour, pour lui venir en aide. Accoudé à la rambarde du pont, Lionel reprend son souffle et ses esprits; et après une grande claque amicale de René, il repart.
Sur la D982, Lionel peine de plus en plus, l'incident de tout à l'heure a puisé dans son énergie et creusé son épuisement naissant. Enfin, Neuvic et la pause repas, kilomètre 77. L'équipée décide de stopper au bord d'un immense lac artificiel, prés de la table d'orientation. Au menu, fritons de canard, gratin de courgettes pour accompagner des côtes de porc grillées. Une part de brie et une de crumble, le tout arrosé d'un Madiran bien frais. Lionel pratique quelques étirements afin de soulager des débuts de crampes, mais il faut repartir.
Le vent qui soufflait déjà en début d'étape, s'est renforcé pendant la pause. Lionel lutte contre cet élément, contre sa fatigue et contre les douleurs. Pourtant, longeant les derniers contreforts du plateau des Millevaches, il emmène cette fois encore son Gitane Dream ON jusqu'à l'arrivée, à Ussel, kilomètre 98. Il passe même avec succès les célèbres et dangereux virages de la ville, pour atteindre l'Auberge de l'Empereur, point de chute de la nuit qui s'annonce.
Affalé sur son lit, il a tenu 3 journées, mais il n'arrive plus à se contenir. Il allume son téléphone portable et écoute sa messagerie. Vous avez...15 nouveaux messages! Au bout de l'écoute, il passe un appel : « Allo, allo Philippe, ouais, c'est Lionel ... J'ai un service à te demander... Faudrait que tu appelles Mme Lebécachel ... une commande, je crois ... c'est sympa, à charge de retour... merci encore, ciao. ».
Tout à sa joie de tenir l'instrument tant adulé, il ouvre la fenêtre de sa chambre et ne peut s'empêcher de claquer une photo. A présent, il peut s'endormir...