Il faut savoir lire et surtout accepter les messages que nous envoient le doute ou la peur. Raconter encore et encore, comme une thérapie.
Pour une belle journée, c'était une vraie belle journée.
Un peu plus tôt, 4 heure du matin, je tourne et retourne dans mon lit; Pluto, lui aussi s'agite. Comme à chaque fois que je change son train-train, il est inquiet et emboîte chacun de mes pas.
Il est vraiment trop tôt, je ne peux, raisonnablement pas, réveiller mon père, je ne suis pas chez moi, je n'ai pas mes « jouets », alors autant essayer, se forcer à replonger.
Finalement, vers 7H, poussé par une envie pressante, je me décide.
Un bon café avec 3 tartines, dehors la nature s'est parée d'une robe blanche durant la nuit, cependant qu'un ciel bleu apparaît au-dessus de Fontfrède.
Nous avons quelques cartons, sacs et petits meubles à déménager, à moins d'un kilomètre de distance. La voiture est chargée, nous partons.
Après 2 heures de temps, nous avons terminé le déchargement ainsi que le montage des lits électriques.
Mon père me propose d'aller boire un café au bistrot; en fait il veut aller jouer son tiercé... Pendant qu'il ferme toutes les portes de la maison, je traverse la rue pour me mettre au soleil sur le trottoir d'en face. Tout mon corps aspire cette chaleur qui m'entoure, j'allume une clope et je tourne sur moi même, portant mon regard alentour.
Soudain, je m'arrête, le regard fixé, par delà les toits, un panorama splendide des Pyrénées se dessine au loin. Les rayons du soleil jouent les poursuites, illuminant le cinq majeur de la chaîne franco-ibérique : le Roc Nègre, le Puig Sec, le Plat du Bardet, le Bardet et complètement sur ma droite, le seigneur, son altesse le mont Canigou.
Au volant, pour aller vers le centre ville, je suis encore, je l'avoue, sous le charme de la vue.
2 rue Saint Ferréol, nous entrons dans « le Grand Café », à 2 pas du musée d'Art moderne et de l'Hotel de ville, nous sommes dimanche matin et il y a foule aux tables et au comptoir. Je m'accoude au zinc, je commande 2 cafés, pendant que mon père va, au fond de la salle, faire ses jeux. Comme toujours dans ce genre d'endroit, instinctivement, mes oreilles s'ouvrent en grand. Les discussions tournent principalement autour du match de rugby de la veille entre la France et l'Irlande. Vincent Clerc et le « gang des chaussures oranges » sont au coeur des conversations. Elles fusent en français, mais aussi en catalan. Pour moi cette dernière langue ressemble à l'espagnol, et je le dis sans faire offense au peuple catalan qui loin des excès des Basques ou des Corses tente de porter haut l'Or à 4 pals de gueules et le ruc català.
Ce dimanche, en plus de mes oreilles, j'ai ouvert mes yeux; le barman discute avec un couple sur ma droite, ils devisent autour d'un CD, que le barman vante au couple. Il parle en particulier de morceaux de batteries fantastiques, repris, d'ailleurs, par Phil Collins. Plus je regarde, en douce, le CD, moins j'arrive à voir le titre ou l'interprète.
Mes manoeuvres ont du être découvertes, car une fois la discussion terminée, le barman, se tourne vers moi, me tend le CD et me demande « Vous connaissez? ».
Dans mes mains, un CD dont la couverture est une reproduction d'un tableau de Betty Swanwick, 5ième album du groupe, sorti en 1973, son titre : Selling England by the pound.
Voilà comment en ce dimanche 10 février 2008, dans une petite ville reculée d'un département français situé aux confins des marches du sud, j'ai entendu parler de Peter, Tony, Michael, Phil et Steve.