Il faut savoir lire et surtout accepter les messages que nous envoient le doute ou la peur. Raconter encore et encore, comme une thérapie.
Il faut donner, trouver un sens à chacun de ses pas, chaque jour.
Chaque matin, il devient plus lourd; la lassitude, sans doute. Certains soirs, je n'ai même plus l'envie de le retirer !
Le brigadier frappe 3 coups, le rideau de velours rouge s'ouvre, je passe par le manteau d'arlequin : bonjour.
Parce qu'un jour, Cassandre, il a fallu se lever, marcher, vivre, continuer; puis tous les lendemains aussi. Il a fallu offrir un reflet aux miroirs, une image aux autres. Matamore aux premiers temps, la haine a usé, dévoré jusqu'à la dernière goutte de substance vivante en moi.
J'étais toujours aussi malheureux, aucun répit dans mon sommeil, le film sur le plafond, en continu, j'ai commencé à perdre le goût et l'envie, mon enveloppe n'avait plus que des besoins, organiques pour la plupart.
Personne ne veut voir, ni même savoir...
Aujourd'hui, je navigue entre Pierrot côté jardin et Mascarille côté ville. Jour après jour, je récite ma partition avec mes partenaires, beaucoup de Polichinel et quelques Capitan. Comme des rouages bien huilés, les échanges sont si prévisibles, les motivations connues et les déclencheurs si faciles... à déclencher. Tout le monde veut renvoyer une image aux autres, belle de préférence ( la guerre c'est pas bien, les enfants, c'est TOUT dans la vie, etc... ), à coups d'exemples pré mâchés, servis par ceux qui y ont un intérêt, de rodomontades devant les caméras, chacun dit à qui il ressemble, mais personne, jamais, ne dit qui il est.
Je ne sais pas vraiment ce que je fais là, ni si j'attends quelque chose. Je cherche un point à atteindre, puis le suivant, une raison de poser un pied devant l'autre. Je n'ai plus d'énergie à consacrer à la vie, plus rien de moi à donner à personne. Même pas d'idées noires, juste un meuble, utile ou pas. Il n'est plus question de sentiments, plus de sensations de joies véritables, seulement quelques futilités modernes qui tournent la tête un instant, très court, avant de s'évanouir dans l'oubli. A chaque nouvelle journée, je sais, mais pas pourquoi je le fais, que je dois porter mon sac jusqu'à la prochaine représentation.
Je n'ai plus de foi pour lever les croix.
Ce n'est pas un renoncement, non, plutôt comme un empêchement involontaire, telle une montre sans pile qui voudrait donner l'heure. Je me sais inutile, dans le cycle de la vie, je consomme et je ne restitue rien qui soit utile à l'Humanité, mes colères sont sourdes et faiblement armées devant les légions du profit emmenées par tous les Scaramouche et Isabella de la terre.
Déjà réduit à l'état d'âme, je continue, un masque sur le visage, que je dépose au pied de mon lit chaque nuit. En tout cas, encore ce soir...
Le rideau retombe, lourd comme le silence profond : bonsoir.