Overblog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Il faut savoir lire et surtout accepter les messages que nous envoient le doute ou la peur. Raconter encore et encore, comme une thérapie.

Publicité

On the road again

Dimanche 29 octobre 2006, le matin, réveil à 7H15. Radar en route, préparation, sur pilote automatique du petit déj ; en avalant mon café, j’écoute la radio. Je ne suis pas certain, vu la bousculade de mes neurones, mais il me semble bien entendre que l’heure annoncée, est 6H 35. Je commence à mettre de l’ordre dans la cocote minute, et même aux abonnés absents, je sais qu’il n’est pas possible de se lever à 7H et de se retrouver ½ heure de temps plus tard à boire un café, une heure avant dans le temps !!! Je sais, pour moi aussi, ce n’est pas très clair.
La radio vient à mon secours, ma mémoire aussi, nous avons changé d’heure dans la nuit ; moins 1. Je préfère cela, et de loin.
Bref, 7H25, de la « vraie heure », je démarre ; on y voit pas à 20m, le brouillard.
Dire Straits, m’aide à déchirer le brouillard, pas que celui de dehors… Alchemy.
8H15, changement de compagnons de route : CSNY, Four way street.
8H25, bonjour Albi.
Entre nous, la D71, c’est nowhere ; je ne sais pas où je suis !
8H56, panneau marron, j’entre en Aveyron.
9H20, je gare la voiture, je suis à Sauveterre de Rouergue. C’est pas une blague, je ne suis pas perdu, je suis là de mon plein gré. En tout cas, c’est une chouette petite ville ; nous sommes dimanche matin et je croise tout un tas de gens avec de superbes miches de pain sous le bras ; ça donne envie.
Place des arcades, terrasse du bar des 4 saisons, j’hallucine, je suis au pays des fous ! Pas ceux des asiles, non, ceux que j’appelle les fous depuis… depuis que je les ai croisé la première fois il y a pratiquement 26 ou 27 ans. Je crois que ce sont plutôt des « doux dingues » ou encore des beatniks, des hippies, bref des mecs cool. Ca fait donc un bail que je n’en avais pas vu autant au même endroit en même temps.
La place des arcades est au centre de la bastide, aujourd’hui, on appelle cela le centre ville ; il y a à peu prés 20 tables en terrasse, une bonne dizaine est occupée par « eux ». Je constate qu’ils ont du avoir le même problème que moi avec le changement d’heure car pas un n’a vraiment l’air réveillé.
Au milieu de la place, 4 feux viennent d’être allumés, des cages cylindriques grillagées sont disposées juste à côté ; attendant la braise pour venir au-dessus, sur un système de rôtissoire. En effet, il s’agit de faire griller des châtaignes. Quelques bonshommes, tout de noir vêtus, avec seulement un foulard rouge au cou, s’affairent à l’entretien des feux.
J’ai beau me creuser le ciboulot, je ne saisi pas la raison de ce rassemblement, car j’en suis sur, ce n’est pas un hasard. La fête de la châtaigne dans une bastide isolée d’un département, joli, mais sérieusement sauvage et agricole, peut-elle déplacer mes fous !!!!???? Quel est le rapport entre San Francisco et Sauveterre du Rouergue ou le flower power et les châtaignes ?
Tous les yeux que je croise, sont éclatés, décidemment ce changement d’heure…
Des cheveux longs, filles ou garçons, pas peignés, pas lavés certainement, des baggys vraiment trop larges et trop longs, se déchirent sous les chaussures ; des sweats sous des pulls déformés. Le plus remarquable, ce sont les chaussures, comme si le pied était l’élément fondamental des groupes sociaux d’aujourd’hui ; des Converses fatiguées, des Creeks, des Vans et aussi ces étonnantes nouvelles pompes, qui me font penser à des gants pour pieds :plates, fines, avec parfois le caoutchouc de la semelle qui remonte sur un côté. Des couleurs effrayantes, du style à les retrouver même en pleine nuit, je les appelle les chaussures de varappe.
Comme dit Renaud, je crois, parfois, que je fais aussi parti du lot !
Des cris accueillent de nouveaux arrivants, assez régulièrement ; ainsi, je vois passer des vestes incas et les besaces coordonnées et des tignasses à la couleur si « stylée », « marquée », « signée » :henné.
Tiens, une main se fraie un chemin à travers une forêt de dreadlocks ; un rasta égaré ?
Les cloppes sont roulées à la main.
Au long des arcades, tout autour de la place, des stands d’artisanat et de produits régionaux commencent à se monter.
Soudain, c’est l’escalade, un couple avec chien fait son apparition dans le tableau ; je tiens mon attraction, LOL. Il a une casquette vissée, sur son crâne entièrement rasé, à l’exception d’une tresse qui ressort à l’arrière, un treillis qui rentre dans une paire de rangers déglinguées et pas attachées qui font de la musique à chacun de ses pas. En comparaison, elle paraît « classe » ; eurasienne, un foulard dans les cheveux qui retombe dans son dos, un pirate en jean et des rangers, fermées ! Le chien, sans race identifiée, s’appelle Sultan. Ils s’assoient à une table.
Pendant ce temps, on amis les cages au-dessus des feux et les premières explosions de coques de châtaignes retentissent ; une bonne odeur se répand. A la table voisine, le dernier arrivant, vient de mettre quelques graines dans un cône de papier à cigarette, devant lui 2 éclairs au chocolat et un café.
J’attrape un mot de leur conversation : « parents » ; il est question d’un sac d’affaires, resté chez des parents et qu’il faudrait aller chercher… Rebelles, anti-conformistes, différents, mais pas trop loin de papa et maman…
D’autres arrivent encore, je n’ai plus que la chaise sur laquelle je suis. Le joint tourne.
C’est bien joli tout ça, mais je n’ai toujours pas compris leur présence.
Un groupe local de « bonnes consciences », la soixantaine, passe, sur la place, devant la terrasse ; je lis sur leurs visages un peu de frayeur ( un peu seulement car il fait jour ), qui fait place à une pitié condescendante, pour finir en jugement méprisant.
  • Votez pour moi, je n’utiliserai pas vos impôts pour mon bénéfice personnel !
  • Elisez-moi, je ne mettrai pas la main dans la caisse.
  • Venez à l’église, je ne toucherai pas à vos enfants.
  • Regardez mon émission, ce soir, elle n’est pas vulgaire, c’est du divertissement ciblé.
  • Etc.…
Armani et Kenzo inspirent la confiance ; on se fait plus souvent avoir par ce qu’on ne voit pas venir.
Je suis assis, quasiment au milieu d’eux, depuis 1 heure, ils ne m’ont rien fait, ils n’ont insulté personne, rien cassé ; ils participent même à la vie économique de la ville, puisqu’ils consomment !
Ils n’ont pas vendu notre terre aux marchands ; pour la majorité d’entre eux, je pense qu’ils ne souhaitent que terminer leur voyage, au soleil d’un dimanche automnal.
2 vieilles dames, précieuses, passent entre ma table et celles des fous ; l’une d’elle me jette un regard mi effrayé, mi interrogateur ; je dois être à cette terrasse ce qui s’approche le plus d’un être humain dans son univers. Toutefois, je les vois s’asseoir à une table du bar et ça ressemble à une victoire sur la peur.
Il y a de plus en plus de passants sur la place, et la terrasse, ma terrasse, est une véritable attraction. Ce doit être cela que ressente les animaux dans les zoos.
2 nouveaux arrivants, l’un pieds nus, l’autre, agrippé à sa copine, comme un petit enfant à sa mère ; quand il tourne la tête, je comprends. Je pense que ces yeux ne lui sont plus, à cet instant, d’aucune utilité !
J’attrape encore un mot dans leur conversation : « Toulouse ». Peut-être sont-ils des étudiants à Toulouse, originaires du pays, venus faire la fête, selon leurs critères, en profitant de celle de la châtaigne et des vacances de la Toussaints ?
Un malaise m’envahit, je suis là, assis à une table pour au moins 6, avec ma petite tasse de café, vide ; toutes « mes chaises » ont été empruntées, j’ai vraiment l’impression de prendre la place de quelqu’un.
Tout à coup, l’un de mes voisins de table, de dos, se retourne, et en riant, sans haine ni agressivité, me dit :
« J’espère que tu n’écris pas tout ce qu’on dit depuis tout à l’heure ! »
Je souris, et le rassure d’un non, mais était-il inquiet ?
Sa voisine rajoute en me regardant :
« Si, si, il a noté tout ce que TU as dit »
Je souris encore.
Je vais me lever pour partir, quand un dernier « troupeau du jugement » passe… Sont-ils meilleurs, supérieurs ? Je n’en sais rien. Un a une casquette Nike, propre, sur la tête ; les mecs ont tous leur sacoche en bandoulière et un téléphone portable à la ceinture du pantalon, dont un relié à un kit piéton, il y a même une paire de Rayban « à la Chips ».
Ils sont différents.
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article