Dimanche 15 octobre 2006, 8H, ça fait un bail…
Même le soleil n’est pas complètement levé, il teinte d’orange quelques nuages égarés. Dans les champs, d’étranges silhouettes sombres avancent comme mues par une force invisible et semblent glisser plus que marcher. La forme à quatre pattes qui tourne autour d’elles, me permet de les identifier.
La radio, France Inter, il semblerait que des scientifiques japonais organisent chaque année une pêche de baleines déguisée en prélèvement pour étude ; Green Peace surveille.
La Corée du Nord croule sous les sanctions de l’ONU, même ses plus fidèles alliés l’auraient lâchée !
Je rentre sur l’autoroute, le vent souffle violemment.
Déception, les ennemis de la grande distribution trouvent leur terrain de jeu trop étroit ; ils étendent leur guerre aux stations services des autoroutes. C’était une habitude, agréable, un repère affectif ; non, je ne m’arrête pas à l’aire de Toulouse Sud, ils me l’ont volée !
8H50, j’entre en pays Cathare, comme un heureux hasard, je trouve ma nouvelle aire fétiche : Port lauraguais. Plein, café, pipi et toutes ces têtes renfrognées de routiers étrangers, les seuls qui roulent le dimanche.
Départ ; live session, Genesis ; Mama puis Hold on my heart. Cette dernière, au Volant, dans le soleil levant, c’est comme le pot de glace devant une comédie romantique. Tout à coup, je suis bien, la journée me paraît belle, la vie elle même semble douce ; le soleil, qui se montre enfin, caresse mon visage, je peux sentir sa chaleur, même à travers la vitre !
9H20, Bram, je sors, encore une trentaine de Km. Je croise le monastère de Prouilhe, au pied de la cité de Fanjeaux.
9H35, changements : j’entre en Pyrénées Ariégeoises, live session par Train.
9H45, destination atteinte, Mirepoix.
Je suis assis au 34, couvert du Midy Occidental, la sono diffuse Brother in arms, je déguste un grand crème. Quelques badauds me dévisagent, étonnés, sans doute mon stylo qui court sur les feuilles devant moi ! Aux abords de la halle, des plateaux et des filets de pommes s’étalent à l’envie, au long des stands qui se mettent peu à peu en place. Fuji, Chantecler, Gala et autre Braeburn se disputent les faveurs des passants.
Une bande de jeunes, mal réveillés, fait résonner ses fous rires, sous la halle, en montant une scène. Ce week-end, la cite s’est mobilisée autour de la pomme, producteurs locaux, municipalité et habitants. Chaque 3ième dimanche d’octobre, de chaque année, ce fruit est le prétexte à l’animation d’un thème régional. Cette année, c’est l’aviation qui est dans la lumière. Un concorde, un airbus A380, une tour de contrôle, un biplan, ont été représentés avec des pommes..
Le centre médiéval est le cœur de la fête ; partout sous les couverts (du XII ième), des artisans du cru, exposent « les grands classiques » : bijoux, objets en cuir, en bois, pâtisseries et conserves de produits locaux ; la star, c’est la croustade de pommes avec un verre de cidre. Il y a aussi une exposition de tracteurs.
Le soleil est bien là, pourtant un vent frais et persistant rappelle qu’octobre est seul maître. Derrière les volets multicolores des façades à colombages, les autochtones se frottent les yeux devant ces hordes d’envahisseurs. L’imposante cathédrale (du XIVième) veille sur toute cette agitation.
Je m’enfonce dans ma chaise, laissant le soleil me réchauffer un peu ; impensable, inimaginable ici, en des circonstances plutôt festives, la sono envoie Cabrel, « C’était l’hiver » ! J’allume une cigarette. Entre les couplets de Francis, la radio du café diffuse « Chi mai » ; le mélange ne prend pas.
Un couple très âgé, passe, passe, passe, devant moi. Elle, hésitante, une boîte de gâteaux à la main, la douceur dominicale ; lui, attentionné, prend soin de la soutenir à chaque changement de la nature du sol. Au final, c’est peut-être ça l’Amour !
Soudain, mon oreille capte une information, plutôt des mots, pas des mots de chez nous ; un petit groupe de touristes italiens s’avancent. Les yeux grands ouverts, appareils photos pendus au cou, ils chantent comme au beau milieu de la place San Marco. Mille excuses, Messieurs en habits verts, mais je pense, définitivement, que l’italien est la langue de l’Amour !
Un autre couple vient s’asseoir à 2 tables de la mienne ; l’homme pose sur la table un petit sachet de papier et entre dans le café. Il en ressort, avec un couteau et il coupe une part de croustade. Le patron arrive, 2 cafés en main, il s’assoies à leur table. Oh, my god, they talk about the weather… Ils sont de la perfide Albion !
Ca sent l’argent, mais pas de façon indécente ou arrogante ; non, juste une légère touche de sophistication, un voile de classe. Dans leurs vêtements, de la qualité, une marque sans doute, mais rien d’ostentatoire. Des lunettes aux branches dorées et ces manières simples, légères de rire, d’attraper sa tasse ou de mordre dans son morceau de tarte. Je comprends les ardoises du café, à présent ; elles annoncent : Bon café, Tea, Toast et Scones (hot). Je dois être dans THE CAFE, so British.
Il y a de plus en plus de monde sur la place, sous les couverts, autour de ma table ; il est temps pour moi, je me lève, c’est le départ.
Quelques jeunes enfants jouent sur la scène, à présent totalement montée.