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Il faut savoir lire et surtout accepter les messages que nous envoient le doute ou la peur. Raconter encore et encore, comme une thérapie.

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Dernière cueillette

 

L'été semble ne jamais vouloir finir, comme un pied de nez à ceux du dessus de la Loire, le dernier soleil sur les cartes météo est encore (et toujours) sur les Pyrénées Orientales.

Ah, j'oubliais, vive les RTT!

Exceptionnellement, c'est un vendredi que démarre la balade; une route que je commence à connaître : le Boulou, Thuir, Prades, Marquixanes et Villefranche de Conflent avant de bifurquer vers Vernet les Bains.

Jusque là, rien à signaler de remarquable, sinon la Tramontane qui souffle en rafales violentes et les anecdotes qui fusent quasiment à chaque village. Mais c'est le lot d'une balade avec des « locaux », en l'occurrence 2 vrais Catalans. Il y a toujours une tante qui habitait ici, ou le cousin d'un voisin qui vivait là, ou bien encore la ferme des vacances d'enfance. Les producteurs qui vendent en direct, en dehors des pièges à touristes sur le bord des nationales, fruits, légumes et même de la boucherie.

C'est un mode de vie typiquement rural, tout à fait inconnu des « purs » citadins, le lien social existe vraiment et puis on se refile volontiers les « combines ». Moi qui ne suit pas vraiment un rural, j'ai à chaque fois la sensation de vivre tous les films que j'ai pu voir où il était question d'occupation, de rationnement, d'armée Allemande. Finalement, les seuls qui mangeaient à peu prés de tout dans cette période, étaient les « gens de la campagne ».

Mais je m'éloigne.

Aprés Vernet et quelques virages, qui eurent raison de l'estomac des plus fragiles, nous débouchons dans la vallée de la Rotjà. Sahorre, lieu de notre rendez-vous, nous cherchons, sans adresse, une dame prés d'un grillage; avec un peu de retard, nous avons eu, un temps, peur de la retrouver dessécher au soleil.

Toute la vallée est verte, résultat cumulé de la présence de l'eau (la Rotjà) et d'un système de canaux d'irrigation bien en place. De chaque côté de la route, des vergers, des prairies, des murets, des terrasses, des cabanes et des cortals. Enfin, nous arrivons à destination; quelques centaines de mètres avant l'entrée du village de Sahorre, un immense verger de pommiers. Effectivement, il y a bien un grillage, un portail et juste après un petit chapiteau. Dessous, une table, 2 bancs et plusieurs balances. Une petite dame blonde, joviale, nous accueille et nous dirige sans attendre. Nous sommes en fin de saison, nous dit-elle, allez plutôt au fond, en 2 groupes séparés, partez de chaque bout de la rangée pour vous rejoindre au milieu.

A ce stade de mon récit, j'avoue, bien humblement et rapport à une phrase écrite plus haut, je n'ai pas participé. RTT, je me suis contenté d'espionner pour faire LA photo.

Chacun sa caissette sous le bras, la cueillette commence. L'alignement des pommiers m'impressionne, il semble tracé à la règle; sur le sol l'herbe est grasse, bien verte, il y a aussi quelques pommes tombées car trop mures. Triées et judicieusement choisies, elles serviront pour la compote ou cuites au four.

En levant un peu les yeux, j'aperçois, tout autour de nous, des montagnes. A l'ouest le Puig de Tres Estreles, j'imagine le col de Mantet qui enclave humainement ce village dans la vallée malgré sa position géographique plutôt éloignée. Je contourne un pommier par la gauche, le nez toujours en l'air, et voilà Pla Guillem, le massif du Canigou et même le col de Jou. J'ai une pensée pour les habitants de cette vallée, bientôt l'hiver sera là, et avec lui la neige, la notion d'isolement prend tout son sens.

Puis, les caissettes débordent, chacun revoit mentalement sa liste : « 1Kg pour Nicole, 2 pour la voisine, pour moi c'est bon; allez, on a fini. » C'est le moment de passer à la pesée et à la caisse. Avec 5 à 6 Kgs par caissettes, plus 2 paniers, on doit atteindre 40 ou 50 Kgs de pommes!

Je ne dirai rien du prix, afin de ne pas faire pleurer dans les chaumières urbaines...

En voyant les caissettes s'empiler dans le coffre, je ne peux m'empêcher de penser : des Galas certes, mais on a pas fini de manger des pommes.

Nous voilà prêts à repartir; encore une info avant de laisser derrière nous Sahorre. Sachez qu'ici est né une célébrité du sport roi dans le département: Jean-François Imbernon.

Nous suivons la Rotjà afin de récupérer la 116, ce qui nous amène à passer par Fuilla. Et ici, je ne résiste pas à étaler un peu de confiture sur la tartine. Il existe 3 Fuilla, celui d'Amunt, del Mitg et d'Avall. Certainement le résultat d'anciennes querelles de clôcher dont plus personnes aujourd'hui ne se souvient, mais qui illustrent si parfaitement le caractère régional des Français.

Le reste du chemin de retour fût sans encombres, il y eu bien encore un arrêt/combine pour empiler des tomates, des pommes de terre dans le coffre déjà plein, mais ça pas grave, parce que c'est pas cher, et au moins on sait d'où ça vient.

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