Ma Yubin habite un très petit village, rural, du centre de la Chine. Sa famille est pauvre, mais la vie n’est pas misérable. La petite Ma, 7 ans depuis hier, va à l’école, joue dans la rue, en terre, devant la maison. Quelques cultures potagères et 3 cochons donnent la nourriture.
Bien sûr, elle partage le lit de ses parents, le toit en tôle fuit et elle ne connaît pas l’électricité.
Pourtant, loin de la corruption et de l’insécurité des grandes villes qui s’occidentalisent à un rythme galopant, Ma est une enfant espiègle. Son regard est encore rempli d’innocence, elle croit aux dragons protecteurs ; son existence même, semble complètement ignorée des caciques du parti tout occupés à décorer leur vitrine, qui doit être prête dans 2 ans.
Par dessus tout, la petite fille s’envole dans les étoiles, 3 après-midi par semaine. Ces jours là, dans la grande salle des sports, sur les tapis de sol, elle saute, roule, caracole dans une cascade de rires. Les exercices sont difficiles, longs, mais Ma s’accroche à son rêve ; l’entraîneur lui en a parlé, elle sait qu’à Beijing, dans le gymnasium, il y a un mur ; le mur des champions !
Alors douleur après douleur, larme après larme, elle oublie son corps en souffrance, parce que son esprit vole jusqu’au mur et qu’elle voit, son nom parmi tous ces autres illustres. Un jour, elle le sait, elle en est certaine, elle prendra l’avion, pour aller vers d’autres pays, voir d’autres personnes, comme elle passionnées de gymnastique et ensemble elles partageront.
Ca, c’est la vie rêvée de Ma Yubin, sa réalité est tout autre !
Chang Yubin traverse le village, dans ses bras il porte son enfant, il se dirige vers le baraquement où il sait pouvoir trouver les blouses blanches.
Wenlou, le village des maudits, des rebus, des pestiférés, le village qui n’existe pas.
L’homme arrive en hurlant aux portes du camp des ONG, sa fille est malade, elle souffre, il ne sait pas quoi faire ni de quoi elle souffre. Elle est pale, suffocante, des tâches noires sur les jambes.
Le diagnostic n’est que trop évident pour les blouses blanches ; Chang ne comprend rien, il ne sait pas de quoi il est question, il ne connaît pas le mot SIDA !
Au milieu des pleurs, on distingue quelques mots ; des camions venus dans le village, du sang acheté pour 5 dollars le don, le prix d’une poutre pour son toit semble t-il…
Dans ce village oublié des Dieux et des hommes, des camions viennent collecter, contre une maigre rétribution, du sang, le vident de son plasma et le réinjectent aux donneurs; ceci, afin d’augmenter la fréquence des dons, le tout en économisant les seringues.
Une semaine plus tard, la petite Ma termina sa lutte contre une implacable maladie : LE PROFIT.