Il faut savoir lire et surtout accepter les messages que nous envoient le doute ou la peur. Raconter encore et encore, comme une thérapie.
Par une belle journée au château de Lavardens...
Le Sieur et la Dame d'Armagnac donnent une fête avec moultes victuailles et grand renfort de jongleurs, dresseurs de chiens et d'ours, de troubadours et de ménestrels joueurs de luth et de viole.
Au jour le plus haut du culte d'hyperdulie, les ripailles s'annoncent chaudes, brûlantes même, tant une chaleur étouffante accable la Gascogne. Toutes les portes ouvertes aux quatre vents ne donnent aucun courant d'air, n'apportent aucun soulagement. Les domestiques s'emploient, alignant les nappes et les couverts sur les grandes tables au milieu de la cour d'honneur.
Les Maîtres queues aux cuisines préparent la soupe de courge, quelques pastrés de lapin, de chevreuil ou de canard. Une bonne odeur de porcelet farci et lardé s'enroule autour de moi. La totalité du gibier arrive tout droit d'une chasse du Grand Veneur.
Je longe le dressoir, il y a de la bière, de l'hypocras et d'autres vins aromatiques.
Depuis 15 jours, les invités arrivent; du domaine Royal de Paris, la proche famille, les enfants, petits-enfants et aïeuls qui ont tous répondu à l'invite; puis ce sont les amis et les voisins. Le premier d'entre eux et le plus puissant, le Comte de Toulouse, suivi du Roi de Navarre et du Comte de Barcelone, puis fermant la marche, une parenté éloignée, chevauchant depuis le lointain Comté de Flandres.
L'hôte des lieux reçoit et installe, selon l'étiquette, tout son monde; les chambres ont été apprêtées et les bannières hissées sur la tour.
A la mi-journée, le festin commence, les serviteurs amènent les plats les uns après les autres; les entre-mets se succèdent. Les jongleurs, debout sur les tables, lancent leurs balles, par-dessus les acrobates. Le dresseur d'animaux fait travailler son ours comme s'il s'agissait d'un gentil petit chat. Enfin, avant les desserts, un conteur récite quelques fabliaux. Les enfants, captivés, se sont arrêtés un instant et assis à même le sol pour l'écouter.
Dés la fin du banquet, les sonneurs font raisonner les hauts-bois, les grelots et les castagnettes. Gentilshommes et gentes dames se lancent dans de folles pavanes et autres gaillardes.
Bien plus tard quand la nuit est tombée; mais pas la chaleur, des belles défaillent tandis que leurs maris troussent quelques servantes, à l'abri des tentures. Puis le temps de finir cette somptueuse journée est arrivé et chacun regagne, en titubant et en légitime compagnie, sa couche.
Ce fût une belle journée au château de Lavardens, et demain sera, forcement, une autre journée.