26 juillet 2006, je pousse la porte de la suite C313 du United Nations building à New York et j’entre dans un bureau, où 6 personnes sont assises autour d’une grande table magnifique, chacun dans un fauteuil « président ».
-Messieurs, je vous demande d’écouter l’histoire qui suit :
Hanz, Patrick, Peng et Gunnar ont pris possession du poste ; première tâche : se signaler clairement. Patrick et Peng ont ainsi hissé le drapeau frappé des branches d’olivier, puis une lumière a été allumée et maintenue, à l’intérieur.
Dehors, il fait chaud, la tension est palpable, l’artillerie pilonne, l’aviation bombarde ; pour l’instant le bruit semble encore loin.
Cette partie de leur mission, même nécessaire, n’est pas leur préférée ; tous les quatre, comme 2000 autres, ont choisi ce service. Parce qu’ils croient en cette profession de foi ; ils pensent que même un habit kaki peut être utile autrement qu’avec une arme. Là, il s’agit d’observer que les résolutions prises, sont appliquées et de rendre compte.
Leur credo : aider ! Et c’est ce qu’ils font généreusement, partout où la folie, le mal, font des poussées velléitaires. Implantés au sein même des populations civiles, ils « observent » la vie bafouée, qui parfois frappe et même entre dans leur petite bulle. Est-ce prendre parti dans un conflit que d’attraper la main qui se tend suppliante ? De soutenir une vieille personne, apeurée qui n’arrive pas à traverser une route ? D’aider une maman qui cherche son enfant égaré ? De soulever des blocs de béton pour sortir celui qui hurle depuis des heures, coincé au bord de la mort ? De donner un bout de pain ?
Oui ! C’est prendre le parti de la grande communauté de l’humanité.
La journée est bien avancée, sans y avoir vraiment pris garde avant, les 4 hommes constatent que les frappes et les tirs d’artillerie se font à présent dans un périmètre d’environ 100 à 300 mètres autour du poste.
Rompus à ces situations stressantes, ils ne paniquent pas, mais décident de contacter Tsahal.
Hanz, qui maîtrise l’hébreux, s’en charge ; invoquant toute la litanie des résolutions et autres mandats internationaux pérennisant leur présence. On lui assure que cela va cesser sous peu.
1 ou 2 heures passent, rien à changer, pire, 2 tirs d’artillerie ont touché le poste et les raids aériens sifflent plus prés encore !
Hanz contacte à nouveau les autorités militaires israéliennes, avouant, cette fois, son inquiétude. A 6 reprises, il renouvelle son appel, toujours la même réponse :cela va bientôt cesser, vous êtes très proches d’une position ennemie.
Dans la soirée du 25 juillet 2006, le pire a fini par se produire. Un missile guidé, « de haute technologie », a frappé de plein fouet le poste de Khiam.
- Voilà, mon histoire se termine ici, où commence la votre !
Quand vous aurez tranché entre bavure et acte volontaire, quand vous aurez décidé du meilleur compromis et du meilleur communiqué qui ne « fâcheront » ni les uns ni les autres, quand nous aurons terminé d’apporter la démocratie à coups de bombes, quand les intérêts politiques de chacun auront été protégés, quand vos luttes d’influence vous auront épuisé, quand vos alliés respectifs auront approuvé ou non vos prises de positions officielles, et seulement à ce moment, je vous fais comptables de la mort de 4 êtres humains, pas des gens comme vous, non, des ordinaires, de la piétaille, de la chair à canon disait-on en des temps reculés. Je vous somme de vous expliquer, au nom de 3 femmes, de 5 enfants, de 4 mères et de 2 sœurs. Je vous déclare indignes, vous le club du veto, de seulement croire que vous dirigez notre monde, je vous dénie le droit de décider autrement que dans le sens de la justice, de l’égalité, de la fraternité, en un mot de la vie.
Merci pour votre attention, Messieurs.
Mercredi, 3 heures du matin, je me réveille en sursaut, il me faut de longues secondes pour me rendre compte que je viens de faire un rêve, tant pis, encore une sale journée au Liban sud qui s’annonce.