Il faut savoir lire et surtout accepter les messages que nous envoient le doute ou la peur. Raconter encore et encore, comme une thérapie.
Village départ, pour notre étape la plus longue, Beaune. Lionel est d'une humeur massacrante ce matin.
L'équipe démarre par la D973, laissant sur sa gauche, à regrets, Nuits-Saint-Georges, Vosnes Romanée ou encore Gevrey-Chambertin.
Seurre, kilomètre 26, Lionel calé au milieu du peloton, admire les quais sur la Saône. Soudain, c'est la tuile, la crevaison! Lionel est obligé de faire appel à sa voiture de course; pourtant, il y tenait à sa roue, avec sa jante en carbone et ce boyau, collé avec amour et surtout avec Loctite. Un grand moment, son pouce était resté collé, lui aussi, ce jour là! Enfin, la 407, lie de vin, vieux bordeaux passé, arrive, Françoise, directeur de l'équipe, sort à toute allure et donne une roue neuve à Lionel. Il peur repartir.
D976, on arrive à Losne au kilomètre 40, puis comme sa jumelle, vient Saint-Jean-de-Losne. Ici, c'est un peu la Mecque pour Lionel; nous sommes dans le premier port fluvial français pour le tourisme. Lionel se dit que c'est dommage, d'avoir consacré tant d'énergie à passer ce permis bateau, dont il ne se sert jamais.
Auxonne, kilomètre 61, pendant qu'il admire la porte royale de la ville, Lionel oublie un peu sa copine la douleur au genou. Des tas de souvenirs lui reviennent en mémoire, des souvenirs de caserne, de chars Leclerc, de compagnons de chambrée! C'est la ville où Lionel a fait son service militaire au 8ième bataillon de chasseurs à pied. Sans même s'en rendre compte, Lionel se retourne vers Gérard, son pote Gérard et lui lance, dans le vent qui siffle autour de sa tête : « T'as beau courir tu n'me rattrap'ras pas! »
A Pesmes, au kilomètre 78, vient l'heure du repas. C'est le bois Gâtis, en bordure de l'Ognon. Aujourd'hui l'équipe teste les kits repas chauds d'un nouveau fournisseur; au menu, boeuf bourguignon, compote et 3 crackers salés.
Après cette orgie, il est temps de repartir, par la D12, nous filons jusqu'à Bonboillon, une petite commune de 108 âmes au kilomètre 91.
Mais cette terrible journée pour Lionel, n'était pas encore terminée. Gy, au kilomètre 101, offre à sa vue une grande forêt de chênes, une de ces forêts de gibier à sang chaud. La chasse lui manque, toucher le plastique des étuis quand il charge les canons basculants, la crosse de son fusil, tout contre son épaule lorsqu'il arme, l'odeur si significative, après le tir, ou encore ce saut, ridicule, de l'animal atteint, qui semble dire : « Touché, tué. »
Tout à ces pensées, Lionel traverse sans même le voir, Fretigney-et-Vetoreille au kilomètre 116.
Ce n'est plus possible, la douleur au genou est trop forte, Lionel n'en peut plus, mais la proximité de l'arrivée lui fait dépasser la douleur. Enfin, Vesoul kilomètre 138 sonne le glas de notre étape la plus longue.
Mais pour autant, tout n'est pas fini...
Premier couac dans l'équipe, l'hôtel où l'équipe devait dormir, a « oublié » de maintenir les réservations et voilà nos cyclistes à la belle étoile.
Francis, logisticien de la bande, se défend : « On est venu à Vesoul, justement parce que c'est ma mère qui tient notre hôtel. »
Lionel, énervé par sa douleur, la fatigue et la perspective d'une nuit difficile sort de ses gongs et rétorque violemment à Françis: « T'as voulu voir Vesoul et on a vu Vesoul; je voulais voir ta soeur et on a vu ta mère, comme toujours, mais je te le dis, je n'irai pas plus loin, j'irai pas à Bennwhir, d'ailleurs j'ai horreur des saucisses, du chou et de toutes les cigognes. »
La nuit se fera finalement au camping international du lac (3 étoiles), dans des chalets.