Il faut savoir lire et surtout accepter les messages que nous envoient le doute ou la peur. Raconter encore et encore, comme une thérapie.
Les Ancizes-Comps, ville départ ce matin, offre un point de départ idéal pour une randonnée à travers le parc naturel des volcans d'Auvergne.
St Georges-de-Mons, puis la D418 pour atteindre Manzat au kilomètre 12;5. Lionel, ce mati, a du avoir recours à un corticostéroïde, par administration rectale, et ce malgré le risque de contrôle positif.
Mais la véritable surprise a lieu sur la route, un petit bonhomme agite ses bras en tendant vers l'équipe qui arrive à sa hauteur, ce qui semble être des bouteilles d'eau. Quand Lionel arrive enfin à hauteur de l'individu, les larmes coulent pratiquement sur ses joues glacées. Devant lui, il ne peut croire ce qu'il voit; ou plutôt qui, il voit! Jean-Claude, un pote du travail, se tient là et ravitaille en Volvic toute l'équipe. Il offre même une poussée à Lionel. Il ne peut s'arrêter pour prendre son copain dans ses bras, il doit continuer, et surtout, un arrêt à ce moment de la journée pourrait lui être fatal. Il se contente d'un large signe de la main.
Aigueperse, kilomètre 38.5, encore un comité, sur le bord de la route; celui de JL Chassagnon et des cyclos randonneurs. En plus on annonce la formation d'Alain Chanone qui va offrir quelques heures de danse à la salle des fêtes. C'en est trop pour Lionel, il rêve depuis si longtemps d'embarquer sa Françoise dans un tango endiablé. Mais le boulot, les enfants qui sont arrivés trop tôt, et pas toujours quand on les attendait, les factures à payer, bref la vie quoi ! Mais là, ils viennent de marier le dernier, et ils se disent qu'il est temps de penser à eux maintenant.
Il ne pédale plus, sa vitesse ralentit de plus en plus, il va poser pied à terre... Quand René, encore lui, se porte à sa hauteur, lui parle dans le creux de l'oreille, un long moment. Soudain, Lionel repart à pédaler; encore une fois, le miracle a eu lieu.
Cusset, kilomètre 64, petite ville bienvenue, puisqu'elle sonne le repas, et la pause, de midi. Tout le monde stoppe cours de Tracy, devant la fontaine du même nom. Un bol de lyophilisé, purée aligot, un morceau de fourme d'ambert et un café soluble; piteuse pause, pense Lionel qui se brûle en buvant son café.
On repart par la D906, passe Bost pour prendre la D907.
Lapalisse, au kilomètre 83, se rappelle à nos vaillants cyclistes, comme à tant de voyageurs depuis si longtemps. Elle est une célèbre ville étape sur la non moins célèbre N7. Lionel en profite pour asséner un proverbe : « si j'avais 3 roues, je serais sur un tricycle! ». Sans doute sa façon à lui d'honorer un habitant très célèbre...
A la sortie de la ville, on emprunte la D124, arrivée à Bert.
Sur un panneau, Lionel voit indiqué : à 100 mètres à doite, Ferme Bertheliers, producteurs de foies gras. Son sang ne fait qu'un tour. Il oublie la douleur, bifurque et prend le sentier de terre qui conduit à la ferme. C'est un peu sa tranchée de Wallers-Arenberg! Devant la porte, sans descendre de sa machine, il vocifère des insultes, traitant les habitants de l'endroit de faussaires, d'américains de fournisseurs de MacDonalds! A t-on jamais vu des foies gras ailleurs qu'en pays Gascon?
C'est encore le fidèle René, qui arrive et réussit à entraîner Lionel, au moment où la porte de la ferme s'ouvre, laissant apparaître le canon d'un fusil. Un chasseur sans doute. Une détonation retentit, heureusement dans les airs.
Les 2 compères regagnent la route, filent sur la D23 et atteignent Le Donjon, kilomètre 104.
Puis ils prennent la D994, passent à Molinet pour enfin arriver au terme de l'étape du jour : Digoin 127;5 kilomètres ont été parcourus. Au carrefour de 4 rivières, se trouve un pont aqueduc flottant, sur lequel Lionel va calmer les frustrations de sa journée, en taquinant le gardon.
La nuit au relais du Canalou est la bienvenue.
Il est temps de questionner René, pour connaître le subterfuge qu'il a employé à Aigueperse pour faire repartir Lionel. « Eh ben, j'ai du sortir l'artillerie lourde, comme on dit; j'ai du lui promettre une place et 2 cartons offerts au prochain loto des pompiers de Jégun ».